
Le Théâtre National de Nice fait comparaître la reine Margot devant ses spectateurs, constitués en jurés. Marguerite de Valois, fille de Catherine de Médicis, mariée de force à Henri de Navarre à la veille de la Saint-Barthélemy, doit répondre de complicité d'évasion, de haute trahison et d'adultère. Face à un procureur qui égrène ses amants, son avocate démonte une légende née chez Alexandre Dumas et Patrice Chéreau. La reine a le dernier mot, avant le vote du public.
Marguerite de Valois à la barre du Théâtre National de Nice
Ce podcast du Théâtre National de Nice enregistre le procès public de la reine Margot, joué un samedi matin de mars 2026 devant des spectateurs transformés en jurés. Une comédienne incarne Marguerite de Valois, face à un procureur qui réclame une « sévérité exemplaire » et à une avocate qui plaide la relaxe. La reine se présente elle-même : née le 14 mai 1553 à Saint-Germain-en-Laye, fille de Catherine de Médicis et d’Henri II, mariée de force à 19 ans au protestant Henri de Navarre le 18 août 1572, quelques jours avant le massacre de la Saint-Barthélemy, ces « noces vermeilles » où, dit-elle, la Seine devint rouge sang. Elle revendique un amour néoplatonicien et nie tout adultère, la tête embaumée de Boniface de La Mole à la main. Trois chefs d’accusation sont examinés : complicité de tentative d’évasion, haute trahison et adultère. Le procureur l’accuse d’avoir aidé son mari et son frère François d’Alençon, assignés à résidence, à fuir la cour, après avoir dénoncé à sa mère la première tentative de février 1574. La querelle sur la succession de Charles IX, alors qu’Henri III est roi de Pologne, tourne à la comédie quand le procureur et l’avocate s’emmêlent dans les Henri et les François.
Le public intervient : une spectatrice demande si un homme aurait été poursuivi pour les mêmes faits, une autre invoque le droit canon et l’absence de consentement au mariage.
Une légende née chez Dumas et Chéreau
Le procureur égrène la liste des amants prêtés à la reine, du duc de Guise à Bussy d’Amboise, l’interroge sur un avortement clandestin et sur sa stérilité, et requiert sa relégation dans un monastère de l’île Saint-Honorat, avec obligation de rester platonique. L’avocate répond que tout le dossier est vu à travers le roman d’Alexandre Dumas, « feuilleton très alimentaire » selon elle, et le film de Patrice Chéreau, tous deux intitulés La Reine Margot. Elle cite la formule prêtée à Dumas, « si je viole l’histoire, au moins je lui fais de beaux enfants », rappelle que l’adultère n’est plus une infraction depuis 1975 et que Marguerite a elle-même déjoué l’évasion qu’on lui reproche. Elle dépeint une fille mal aimée de sa mère, trahie par ses frères.
Dans ses derniers mots, Marguerite de Valois se dit « figure de l’émancipation féminine » : elle a obtenu l’annulation de son mariage après 27 ans, parlait plusieurs langues et jouait du luth. Le public vote ensuite à main levée, et le rendez-vous est pris pour le procès de Lucrèce Borgia.
Les références de l’épisode
- Marguerite de Valois : reine de Navarre puis de France, dite la reine Margot, jugée lors de ce procès.
- Massacre de la Saint-Barthélemy : déclenché le 24 août 1572, quelques jours après le mariage de Marguerite et d’Henri de Navarre.
- Catherine de Médicis et Henri II : les parents de Marguerite de Valois.
- Henri de Navarre : son époux, futur Henri IV, dont le mariage avec elle est annulé après 27 ans.
- Boniface de La Mole : présenté comme l’amant supposé de la reine, décapité après une tentative de complot.
- Les malcontents : groupe de protestants et de catholiques modérés formé autour de François d’Alençon et d’Henri de Navarre.
- La Reine Margot, d’Alexandre Dumas : roman à l’origine de la légende, dont le procureur annonce l’entrée dans la Pléiade en mai.
- La Reine Margot, de Patrice Chéreau : film adapté du roman, recommandé par le procureur et critiqué par la défense.
- Île Saint-Honorat : lieu du monastère où le procureur propose d’envoyer la reine.
Au fil de l’épisode
- 00:00:24 : l’entrée de la reine et l’ouverture du procès
- 00:03:58 : Marguerite de Valois se présente
- 00:05:50 : le mariage du 18 août 1572 et la Saint-Barthélemy
- 00:07:29 : les malcontents et l’évasion manquée
- 00:09:44 : le réquisitoire du procureur
- 00:14:30 : premier chef d’accusation, complicité de tentative d’évasion
- 00:17:43 : la succession de Charles IX et l’accusation de haute trahison
- 00:21:49 : les questions du public sur le mariage forcé
- 00:23:47 : deuxième chef d’accusation, l’adultère
- 00:28:15 : la liste des amants, l’avortement et la stérilité
- 00:32:51 : la répudiation et l’annulation du mariage
- 00:33:29 : nouvelles questions des jurés
- 00:37:14 : les réquisitions, le monastère de l’île Saint-Honorat
- 00:38:16 : la plaidoirie de la défense
- 00:40:32 : Dumas, Chéreau et la légende de la reine Margot
- 00:45:01 : l’adultère et l’évasion écartés par la défense
- 00:49:28 : les derniers mots de Marguerite de Valois
- 00:51:56 : le vote du public
FAQ
Qu’est-ce que le procès de la reine Margot au Théâtre National de Nice ?
C’est un procès fictif joué en public au Théâtre National de Nice, un samedi matin de mars 2026. Une comédienne incarne Marguerite de Valois, un procureur et une avocate s’affrontent, et les spectateurs, constitués en jurés, posent leurs questions avant de voter à main levée sur la culpabilité de la reine.
De quoi la reine Margot est-elle accusée ?
Le procureur retient trois chefs d’accusation : complicité de tentative d’évasion de son mari Henri de Navarre et de son frère François d’Alençon, haute trahison envers le roi légitime, et adultère. Il requiert une peine qu’il dit clémente : la relégation dans un monastère de l’île Saint-Honorat, avec obligation de rester platonique.
Pourquoi la défense dit-elle que la reine Margot est une légende ?
Selon l’avocate, l’image d’une reine débauchée vient du roman d’Alexandre Dumas, écrit en feuilleton, et du film de Patrice Chéreau, tous deux intitulés La Reine Margot. Elle cite Dumas lui-même, « si je viole l’histoire, au moins je lui fais de beaux enfants », et oppose à cette légende une femme lettrée, mariée de force et trahie par ses frères.
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