
Danielle Ferri est née à Port-Cros, où ses parents s'étaient rencontrés en 1928 au Manoir de Marceline Henry. Partie enseigner dans les Ardennes, elle revient en 1980 et devient pour quatorze ans l'institutrice de la classe unique de l'île, avant de tenir le seul magasin du village. Au micro d'Ingrid Blanchard, dans Fragîle, elle raconte une enfance libre, la pension sur le continent, sa petite école et ce que l'île exige de ceux qui y vivent toute l'année.
Une enfance au Manoir et sur un pointu
Dans Fragîle, Ingrid Blanchard reçoit Danielle Ferri, née en 1946 à Port-Cros, l’île voisine de Porquerolles, où elle a été pendant quatorze ans l’institutrice de la classe unique avant de tenir le seul magasin du village, sur le port. Ses parents s’y sont rencontrés en 1928 au service de Marceline Henry, qui tenait alors le Manoir et l’Hôtellerie provençale : son père Marius, ancien steward de la Compagnie de navigation sud-atlantique, y était maître d’hôtel, sa mère Georgette lingère. Mariés quatre mois plus tard, ils achètent une maison et un pointu, la barque de pêche traditionnelle, et vivent des années difficiles de la pêche. Sa mère ouvre ensuite une petite boutique, d’abord pour vendre des coquillages de Tahiti apportés par un couple de Tahitiens. Danielle Ferri raconte une enfance « assez sauvage » avec trois ou quatre camarades, des parties de cache-cache dont le territoire partait du fort du Moulin, puis la fermeture de l’école quand elle a huit ans et demi et la pension sur le continent, vécue comme « une déchirure terrible ».
Après des études de droit puis d’anglais, elle part enseigner dans les Ardennes, à l’autre bout du pays, s’y marie et y reste quatorze ans, avant de revenir en 1980 pour reprendre le magasin et accompagner ses parents jusqu’à la fin de leur vie.
Quatorze ans de classe unique
De retour sur l’île, elle obtient le poste d’institutrice, aidée, raconte-t-elle, par un pantalon recousu à la boutique : sa propriétaire était la femme de l’inspecteur d’académie. Sa classe réunit de quatre à dix enfants, de la maternelle à l’entrée en sixième. Elle la décrit comme « la plus jolie classe » qui soit, à la fois libre et disciplinée : longues marches, peinture, chiens et chats admis en classe jusqu’à la récréation. Elle noue un jumelage avec une petite école des Cévennes, confrontée aux mêmes contraintes de transport, le bus là-bas, le bateau ici, et les deux classes se rendent visite. À un moment où l’école était menacée faute d’élèves, un sous-directeur du parc national avait fait venir des gardes avec leurs enfants. Elle tente aussi d’accueillir les enfants de l’île du Levant, sans succès pour des raisons de transport et de sécurité. Elle arrête d’enseigner en 1995, à la mort de sa mère, pour rester auprès de son père.
Pour elle, ces années sont peut-être « les plus belles de sa vie ». Elle voit dans la disparition de l’école de Port-Cros une menace pour le village : « plus d’école dans un village, c’est la fin du village ».
Une île « révélatrice plutôt que consolatrice »
Danielle Ferri décrit une île sauvage, vallonnée, sans eau ni commerce, qui « ne fait pas de cadeaux » : on n’y vient pas soigner un chagrin ou sauver un couple, il faut une vie intérieure, des livres, de la musique et son tas de bois pour l’hiver. Elle raconte la patience apprise quand le bateau ne passe pas, la solidarité qui fait « bloc quand quelque chose va mal » dans un village qui se chamaille le reste du temps, et le confinement, resté l’un des meilleurs souvenirs des habitants, avec une grande table dressée chaque après-midi au milieu du village. Elle reconnaît que le parc national a protégé l’île, mais regrette l’accumulation des interdictions, notamment sur la pêche à la ligne, le renommage de lieux et des fonctionnaires de passage qui, selon elle, n’ont pas le temps de prendre l’esprit de l’île. Elle imagine Port-Cros dans trente ans soit vidée de ses habitants, soit soumise à un droit d’entrée.
Ses deux fils, installés à Paris, s’apprêtent à reprendre le magasin. Ses enfants, eux, ont trouvé une formule pour décrire les habitants de l’île : « un village gaulois ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Marceline Henry : propriétaire du Manoir et de l’Hôtellerie provençale, qui a employé et marié les parents de Danielle Ferri.
- Le Manoir : annexe de l’Hôtellerie provençale, consacrée aux chambres, où ses parents se sont rencontrés en 1928.
- Port-Man : site de l’île où travaillait comme maçon son oncle Joseph.
- Compagnie de navigation sud-atlantique : compagnie où son père Marius était steward avant de s’installer sur l’île.
- Parc national de Port-Cros : selon l’entretien, créé en 1963, le grand changement de l’île aux yeux de Danielle Ferri.
- L’Esprit de l’île : livre de Pierre Buffet, figure de Port-Cros, dont l’animatrice lit plusieurs extraits et recommande la lecture.
- Les Ardennes : région où elle a enseigné et vécu quatorze ans.
Au fil de l’épisode
- 00:00:45 : Port-Cros, île plus sauvage et dix fois moins peuplée que Porquerolles
- 00:01:09 : la rencontre de ses parents au service de Marceline Henry
- 00:02:36 : le Manoir, l’Hôtellerie provençale et les débuts difficiles de la pêche
- 00:03:31 : la boutique de sa mère et les coquillages de Tahiti
- 00:04:27 : grandir à Port-Cros après la guerre
- 00:05:16 : la fermeture de l’école et les jeux de cache-cache sur l’île
- 00:06:11 : être essentiel et patient, ce que l’île apprend
- 00:07:35 : le confinement, l’un des meilleurs souvenirs des habitants
- 00:08:54 : la solidarité insulaire
- 00:09:48 : la première traversée et le mal de mer
- 00:10:38 : la pension sur le continent, une déchirure
- 00:11:26 : études, départ pour les Ardennes et quatorze ans d’enseignement là-bas
- 00:13:20 : le retour sur l’île pour accompagner ses parents
- 00:15:08 : 1980, le retour et le poste d’institutrice obtenu grâce à un pantalon recousu
- 00:16:54 : la classe unique, de la maternelle à l’entrée en sixième
- 00:17:21 : le jumelage avec une école des Cévennes
- 00:18:15 : ses anciens élèves et la liberté de la classe
- 00:19:29 : la fermeture de l’école et l’avenir du village
- 00:20:53 : le parc national qui sauve l’école et le projet avec l’île du Levant
- 00:22:13 : les chiens et les chats à l’école, puis la reprise du magasin
- 00:23:19 : le seul magasin du village
- 00:24:16 : la saison préférée et les endroits de l’île
- 00:26:15 : une île sauvage, vallonnée et exigeante
- 00:27:31 : révélatrice plutôt que consolatrice
- 00:28:47 : les journées d’hiver, toujours trop courtes
- 00:30:13 : ses enfants et la transmission de l’attachement à l’île
- 00:32:29 : la vie insulaire, entre tolérance et vie intérieure
- 00:34:47 : le contraste entre la saison d’été et l’hiver
- 00:35:33 : l’esprit de l’île selon elle
- 00:35:59 : le parc national, entre protection et interdictions
- 00:39:06 : la pêche à la ligne devenue impossible
- 00:40:48 : Port-Cros dans trente ans
- 00:41:45 : le Port-Crosien, « un village gaulois »
- 00:42:12 : l’image qui lui vient quand elle est loin de l’île
FAQ
Qui est Danielle Ferri ?
Danielle Ferri est née en 1946 à Port-Cros, où ses parents s’étaient installés après s’être rencontrés en 1928 au service de Marceline Henry. Après des études sur le continent et quatorze ans d’enseignement dans les Ardennes, elle revient sur l’île en 1980. Elle y est institutrice pendant quatorze ans, puis tient le magasin de souvenirs ouvert par sa mère sur le port.
Comment fonctionnait l’école de Port-Cros ?
C’était une classe unique accueillant de quatre à dix enfants, de la maternelle à l’entrée en sixième. Danielle Ferri y alternait cours, marches et peinture, et acceptait les chiens et les chats des élèves en classe. Elle avait noué un jumelage avec une petite école des Cévennes, qui vivait les mêmes contraintes d’isolement, avec des visites dans les deux sens.
Pourquoi Danielle Ferri dit-elle que Port-Cros est une île exigeante ?
Selon elle, l’île est vallonnée, sans eau, sans bar ni épicerie, et dépend du passage du bateau. Elle estime qu’on n’y vient pas se réfugier après un malheur : l’île est « révélatrice plutôt que consolatrice ». Il faut, dit-elle, une force de caractère, une vie intérieure et savoir se suffire à soi-même pour y passer l’hiver.
Que pense Danielle Ferri du parc national de Port-Cros ?
Elle considère son arrivée comme le changement majeur de l’île. Elle reconnaît qu’il a protégé Port-Cros et continue de le faire, mais regrette l’accumulation des interdictions, notamment sur la pêche à la ligne et la baignade, le renommage de certains lieux et des fonctionnaires de passage qui, selon elle, ne s’intègrent pas à la vie du village.
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