
L'historienne Danielle Jean, invitée d'Envie de Nîmes sur Radio Nîmes, part d'un constat : à Nîmes, presque aucune rue ni aucune statue ne rappelle les femmes qui ont fait l'histoire de la ville. Avec Bernard Mourret et Salem Marchi, elle raconte la mathématicienne Jacqueline Ferrand, la résistante Marie Soboul, la sculptrice Paule Pascal, Régine Crespin, Marguerite Long, Odile Assmann et les lavandières, en attendant le parcours qu'elle prépare dans le centre-ville.
Des savantes et des artistes oubliées des rues de Nîmes
Dans cette émission d’Envie de Nîmes enregistrée à Radio Nîmes, Bernard Mourret et Salem Marchi reçoivent l’historienne Danielle Jean, qui a choisi le thème : les Nîmoises qui ont marqué l’histoire de la ville et parfois du pays. À quelques jours du 8 mars, elle constate que les femmes sont presque absentes de l’espace public nîmois : quelques rues, des écoles, un square, souvent en périphérie, et aucune statue, seulement des allégories anonymes. Elle présente d’abord Jacqueline Ferrand, mathématicienne née à Alès et élève du lycée de jeunes filles qui deviendra le collège Feuchère : en 1936, elle est l’une des premières jeunes filles admises à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, puis, selon Danielle Jean, la première femme titulaire d’une chaire universitaire en 1948, avant d’enseigner à la Sorbonne jusqu’en 1984. Vient ensuite Marie Soboul, directrice de l’école normale d’institutrices de Nîmes à partir de 1928, pédagogue républicaine et laïque, résistante sous le pseudonyme de Valérie, puis conseillère municipale de 1947 à 1959. La sculptrice Paule Pascal, formée auprès de l’architecte Armand Pellier et à l’École nationale des beaux-arts de Paris, a réalisé plus de 35 sculptures monumentales en pierre du pont du Gard entre 1954 et 1984, dont la façade de la maison de l’agriculture du Gard et le chemin du rosaire de Notre-Dame du Suffrage et Saint-Dominique, avec l’architecte Joseph Massota.
La deuxième pause musicale sert de devinette : la voix est celle de Régine Crespin, née derrière la porte Auguste. Danielle Jean regrette qu’aucun grand établissement de la ville ne porte son nom, pas plus que celui de la pianiste Marguerite Long, née dans la Grande Rue, amie de Ravel.
Odile Assmann et les travailleuses de l’ombre
La dernière partie revient sur Gilberte Roca, militante communiste et première femme députée du Gard en 1945, puis sur Odile Assmann, que Salem Marchi a connue. Née à Marseille en 1917, assistante sociale, installée à Nîmes en 1951 avec son mari Heinz Assmann, musicien allemand opposant au nazisme, elle accueille les prisonniers libérés rue des Tilleuls, crée un restaurant solidaire en 1986 et s’installe en 1988 au 44 rue Richelieu, où naît Table ouverte. Salem Marchi raconte ses tournées d’hiver en deux-chevaux pour couvrir les sans-abri. L’émission se termine sur les lavandières, dont Flora Tristan avait décrit les conditions de travail, et sur les ouvrières du textile venues des Cévennes, qui ont fait la prospérité de Nîmes aux XVIIIe et XIXe siècles. Danielle Jean cite le règlement d’une usine des années 1950 : « Machines sales ne conviennent qu’à des gens sales. »
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Les écrits de Flora Tristan sur les lavandières de Nîmes : la militante y décrit les femmes qui lavaient le linge dans une eau chargée de teintures, et l’historienne invite à les lire.
Les références de l’épisode
- Jacqueline Ferrand : mathématicienne née à Alès, élève du lycée de jeunes filles de Nîmes, professeure à la Sorbonne.
- Marie Soboul : directrice de l’école normale d’institutrices de Nîmes, résistante et conseillère municipale.
- Paule Pascal : sculptrice nîmoise, auteure de sculptures monumentales en pierre du pont du Gard.
- Armand Pellier : sculpteur et architecte, maître de Paule Pascal.
- Joseph Massota : architecte avec qui Paule Pascal a réalisé le chemin du rosaire.
- Notre-Dame du Suffrage et Saint-Dominique : église du chemin Bas d’Avignon où se trouve le chemin du rosaire de Paule Pascal.
- Régine Crespin : cantatrice née à Nîmes, au répertoire international.
- Marguerite Long : pianiste née dans la Grande Rue, amie de Ravel, fondatrice d’un prix pour jeunes pianistes.
- Gilberte Roca : première femme députée du Gard, élue en 1945.
- Odile Assmann : assistante sociale, fondatrice de Table ouverte, rue Richelieu.
- Table ouverte : restaurant solidaire du 44 rue Richelieu, dans le quartier Richelieu.
- Flora Tristan : militante qui a dénoncé le sort des lavandières de Nîmes.
- Collège Feuchère : ancien lycée de jeunes filles fréquenté par plusieurs des femmes évoquées.
Au fil de l’épisode
- 00:00:43 : présentation de l’historienne Danielle Jean et du thème
- 00:07:07 : la journée internationale des droits des femmes et l’absence des femmes dans l’espace public nîmois
- 00:12:18 : une liste de Nîmoises oubliées et le projet de parcours en centre-ville
- 00:15:53 : Jacqueline Ferrand, mathématicienne
- 00:20:00 : Marie Soboul, pédagogue, résistante et élue
- 00:23:17 : Paule Pascal, sculptrice de la pierre du pont du Gard
- 00:33:34 : Régine Crespin, cantatrice née à Nîmes
- 00:35:50 : Marguerite Long, pianiste
- 00:37:47 : Gilberte Roca, première femme députée du Gard
- 00:39:06 : Odile Assmann et Table ouverte, racontées par Salem Marchi puis Danielle Jean
- 00:53:07 : les lavandières de Nîmes et le lavoir restauré
- 00:56:27 : les ouvrières du textile
FAQ
Quelles femmes ont marqué l’histoire de Nîmes ?
L’historienne Danielle Jean cite notamment la mathématicienne Jacqueline Ferrand, la pédagogue et résistante Marie Soboul, la sculptrice Paule Pascal, la cantatrice Régine Crespin, la pianiste Marguerite Long, la députée Gilberte Roca et Odile Assmann, fondatrice de Table ouverte. Elle rend aussi hommage aux lavandières et aux ouvrières du textile.
Qui était Odile Assmann à Nîmes ?
Odile Assmann, née à Marseille en 1917, était assistante sociale. Installée à Nîmes en 1951, elle accueille les prisonniers libérés rue des Tilleuls, crée un restaurant solidaire en 1986 puis s’installe en 1988 au 44 rue Richelieu, où elle sert les plus démunis jusqu’à ses 93 ans. Elle a reçu la Légion d’honneur.
Pourquoi les femmes sont-elles peu visibles dans les rues de Nîmes ?
Selon Danielle Jean, seuls quelques rues, écoles, crèches, un jardin et un square portent le nom de femmes, souvent dans les quartiers périphériques. Aucune statue ne leur est consacrée : les figures féminines sculptées sont des allégories anonymes, inspirées de la mythologie, qui représentent des idées comme la justice ou la liberté.
Qui était Paule Pascal ?
Paule Pascal est une sculptrice née en 1932 dans une famille nîmoise. Formée auprès d’Armand Pellier puis à l’École nationale des beaux-arts de Paris, elle réalise entre 1954 et 1984 plus de 35 sculptures monumentales en pierre du pont du Gard, souvent au titre du 1 % artistique, dont le chemin du rosaire de Notre-Dame du Suffrage et Saint-Dominique.
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