
Malika Gherdis Gardey, psychanalyste lacanienne et autrice de Malika, l'histoire d'une psychanalyse, est née au camp de Saint-Maurice-l'Ardoise, dans le Gard, où vivaient des familles de harkis. Sur Radio Nîmes, face à Bernard Mourret et Salem Marchi, elle raconte une enfance derrière les barbelés, l'alcool, puis la cure qui l'a fait « réellement » quitter le camp à 40 ans. L'historien Didier Lavrut, commissaire scientifique du futur Mémorial harkis, replace son témoignage dans l'histoire de ce camp.
Née derrière les barbelés
Malika Gherdis Gardey, psychanalyste lacanienne et autrice de Malika, l’histoire d’une psychanalyse, est l’invitée d’Envie de Nîmes sur Radio Nîmes, aux côtés de l’historien Didier Lavrut, commissaire scientifique du futur Mémorial harkis qui sera implanté à l’entrée du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, dans le Gard. C’est là qu’elle est née et a grandi, derrière les barbelés, avec l’école à l’intérieur du camp. Elle l’a quitté à dix ans et demi, mais dit ne l’avoir « réellement » quitté qu’à 40 ans, grâce à sa psychanalyse. Elle décrit le refoulement de l’enfance, ce qui « revient en pleine figure » à l’adolescence, et des frères abîmés par ce qu’ils ont vécu. Didier Lavrut rappelle que le camp est créé en 1964 pour des harkis que l’administration jugeait « incasables », marqués par la guerre ou atteints de troubles, et que l’on n’a pas voulu séparer de leur famille : femmes et enfants y ont donc passé une partie de leur vie. Il souligne la rareté de ce témoignage qui, contrairement à la plupart de ceux qu’il a lus pour le mémorial, affronte la violence familiale et entre familles. L’animateur Salem Marchi parle de « mort sociale » ; en plateau, un appel est lancé aux élus pour qu’ils lisent le livre avant la commémoration du 25 septembre ; l’autrice insiste : son livre n’est ni polémique ni procès, c’est son histoire.
Elle choisit pour l’émission une chanson de Maxime Le Forestier, une de Valérie Lagrange découverte à 13 ans, et une d’Idir, écoutée avec un frère disparu.
L’alcool, la parole et l’inconscient
Malika Gherdis Gardey revient ensuite sur son alcoolisme, de 14 ou 15 ans jusqu’à près de 40 ans : « je buvais parce qu’il fallait anesthésier plein de souffrance ». Elle dit avoir cessé de boire le jour où elle a compris pourquoi elle buvait, et décrit l’alcool comme une anesthésie qui ne dure que quelques heures. Elle explique que deux thérapies n’avaient pas fonctionné pour elle avant la psychanalyse lacanienne, où compte la parole du sujet, mais aussi ses silences, ses répétitions et ce qui n’est pas dit ; elle compare la découverte de l’inconscient à celle d’un continent par un explorateur. Didier Lavrut relève aussi les passages drôles du livre, comme la recherche d’un mari jusqu’à la ZUP. Interrogée sur une intervention en prison, elle dit ne pas fermer la porte, tout en se consacrant pour l’instant au livre et au cabinet qu’elle vient d’ouvrir.
L’émission s’ouvre par un hommage des animateurs à Edgar Morin et se clôt sur l’idée de tendre la main par la psychanalyse.
Les références de l’épisode
- Malika, l’histoire d’une psychanalyse : livre-témoignage de Malika Gherdis Gardey, de son enfance au camp à sa cure.
- Camp de Saint-Maurice-l’Ardoise : cité d’accueil du Gard créée en 1964 pour des familles de harkis, selon Didier Lavrut.
- Mémorial harkis : futur lieu de transmission à l’entrée du camp, dont Didier Lavrut est commissaire scientifique.
- Camp de Rivesaltes : autre camp évoqué en plateau à propos de l’inhumation des morts à l’écart des villages.
- Edgar Morin : sociologue auquel les animateurs rendent hommage en ouverture.
- Idir : chanteur kabyle dont Malika Gherdis Gardey a choisi une chanson.
- Valérie Lagrange : chanteuse dont une chanson l’a aidée à 13 ans.
Au fil de l’épisode
- 00:00:06 : présentation de l’émission et des invités
- 00:01:32 : hommage à Edgar Morin
- 00:03:07 : Malika Gherdis Gardey et Didier Lavrut se présentent
- 00:08:33 : pourquoi une chanson de Maxime Le Forestier
- 00:13:10 : une enfance au camp de Saint-Maurice-l’Ardoise
- 00:15:14 : le refoulement et les dégâts sur les enfants du camp
- 00:23:59 : l’histoire du camp, créé en 1964 pour les harkis jugés « incasables »
- 00:26:24 : un témoignage rare sur la violence familiale
- 00:30:01 : la commémoration du 25 septembre et un livre sans polémique
- 00:38:45 : Idir et la mémoire d’un frère
- 00:39:13 : l’alcool et les addictions
- 00:44:22 : ce qu’est la psychanalyse lacanienne
- 00:47:09 : les rencontres décisives
- 00:52:29 : un livre aussi drôle, la recherche d’un mari
- 00:54:16 : la psychanalyse en prison, une piste pour plus tard
FAQ
Qui est Malika Gherdis Gardey ?
Malika Gherdis Gardey est une psychanalyste lacanienne née au camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, dans le Gard, où vivaient des familles de harkis. Elle a quitté le camp à dix ans et demi et raconte, dans son livre Malika, l’histoire d’une psychanalyse, comment sa cure l’en a fait réellement sortir vers 40 ans.
Qu’était le camp de Saint-Maurice-l’Ardoise ?
Selon l’historien Didier Lavrut, c’était une cité d’accueil du Gard créée en 1964 pour des harkis que l’administration jugeait « incasables », marqués par la guerre ou atteints de troubles. Pour ne pas les séparer de leur famille, femmes et enfants y ont vécu avec eux. Un mémorial doit être implanté à l’entrée du camp.
Comment la psychanalyse a-t-elle aidé Malika Gherdis Gardey à arrêter de boire ?
Elle raconte avoir bu de l’adolescence jusqu’à près de 40 ans pour anesthésier sa souffrance. Après deux thérapies sans effet pour elle, la psychanalyse lacanienne, attentive à la parole, aux silences et aux répétitions, lui a permis de comprendre pourquoi elle buvait. Elle dit avoir cessé de boire le jour où elle l’a compris.
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