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Storia, ICI RCFM16 mars 202655 min

Storia : Philippe Pergola – « Les barbares en Corse »

avec Philippe Pergola

Philippe Pergola, la Corse de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Âge, des Vandales à Pise

L'historien et archéologue Philippe Pergola, spécialiste de l'Antiquité tardive, revient dans Storia, sur ICI RCFM, sur le temps méconnu des « Barbares » en Corse. Vandales, Byzantins, Lombards puis Sarrasins se succèdent entre le Ve et le Xe siècle, sans laisser presque aucune trace écrite. À partir des lettres du pape Grégoire le Grand et de ses propres fouilles à Mariana et à Castellu, il démêle ce que l'on sait vraiment de ce que l'on suppose.

Vandales, Byzantins et Lombards : une Corse qui change de maîtres sans bruit

L’historien et archéologue Philippe Pergola, spécialiste de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge, revient dans Storia, sur ICI RCFM, sur l’histoire méconnue de la Corse entre le Ve et le Xe siècle. Après une occupation vandale d’environ un siècle, l’empereur Justinien lance depuis Constantinople la reconquête de la Méditerranée. Pour Philippe Pergola, la passation entre Vandales et Byzantins n’a probablement laissé aucune trace en Corse : les rares militaires vandales ont sans doute fui à l’arrivée des armées byzantines, et l’archéologie n’a encore trouvé aucune présence militaire sur l’île. L’unique source écrite de la période est le pape Grégoire le Grand, dont neuf lettres décrivent une administration byzantine dépendant de Carthage, si dure que des Corses en viennent à vendre leurs enfants, et une Église insulaire « restée dans le marasme ». L’historien met en garde contre la tentation d’attribuer à Grégoire le Grand ce qui s’est passé avant ou après son pontificat. Il défend l’idée qu’après lui, la Corse bascule durablement dans l’orbite lombarde, tournée vers la côte toscane, jusqu’au IXe siècle.

Sur le terrain, les céramiques retrouvées à Castellu montrent selon lui une continuité des échanges, des Romains aux Byzantins, qui contredit l’image de Vandales ayant tout détruit.

Mariana, les Sarrasins et le port perdu d’Aléria

Philippe Pergola, qui a dirigé des fouilles à Mariana jusqu’en 2008, décrit une ville plus étendue qu’on ne l’imagine, devenue selon lui « la capitale de la Corse chrétienne », occupée sans interruption jusqu’à la fin du Moyen Âge. Les sépultures installées dans une nef de la cathédrale, datées des IXe et Xe siècles, et une céramique de luxe venue de la région de Rome témoignent d’une grande continuité à l’époque où l’on parle de raids sarrasins. Il ne croit pas à un « cataclysme sarrasin » et rappelle l’épisode des Corses accueillis par le pape Léon IV pour repeupler le port d’Ostie. Il oppose ensuite la domination pisane, qui réactive les cathédrales corses, à la colonisation génoise, qu’il juge parmi les plus dures, en citant l’histoire d’un pont imposé aux habitants de la vallée du Tavignano. Il évoque enfin le mystère des premiers seigneurs corses et des églises romanes isolées, ces « cathédrales dans le désert » entourées de très peu de tombes.

Son rêve d’archéologue : retrouver le port d’Aléria et comprendre la ville chrétienne qui s’y cachait, là où des chapiteaux carolingiens ont déjà été découverts.

Les références de l’épisode

  • Grégoire le Grand : pape de 590 à 604, unique source écrite sur la Corse de son époque, à travers neuf lettres.
  • Justinien : l’empereur qui lance depuis Constantinople la reconquête de la Méditerranée au VIe siècle.
  • Léon IV : le pape qui accueille des Corses fuyant les raids sarrasins pour repeupler le port d’Ostie.
  • Mariana : la ville antique et médiévale où Philippe Pergola a dirigé des fouilles jusqu’en 2008.
  • Castellu : le site où ont été retrouvées des céramiques vandales et byzantines.
  • Aléria : la cité romaine dont le port reste à découvrir.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:28 : présentation de Philippe Pergola, spécialiste de l’Antiquité tardive
  • 00:01:26 : Justinien et la reconquête byzantine
  • 00:02:28 : une transition sans combat entre Vandales et Byzantins
  • 00:05:20 : aucune trace militaire byzantine retrouvée en Corse
  • 00:05:48 : Grégoire le Grand, seule source du haut Moyen Âge corse
  • 00:08:22 : une évangélisation lente et des églises romanes sans tombes
  • 00:10:48 : une Corse administrée depuis Carthage
  • 00:11:52 : le basculement vers le monde lombard
  • 00:13:24 : les céramiques de Castellu et la continuité des échanges
  • 00:15:08 : Mariana, capitale de la Corse chrétienne
  • 00:19:09 : combien d’habitants en Corse à la fin de l’Antiquité
  • 00:24:14 : les Sarrasins et l’épisode des Corses à Ostie
  • 00:25:46 : ce que révèlent les fouilles de Mariana pour les IXe et Xe siècles
  • 00:32:39 : le pape confie la Corse à Pise
  • 00:35:06 : les nobles de Corse, une énigme
  • 00:43:59 : domination pisane et colonisation génoise
  • 00:47:09 : le rêve d’archéologue de Philippe Pergola

FAQ

Qui est Philippe Pergola ?

Philippe Pergola est un historien et archéologue spécialiste de l’Antiquité tardive, de la fin de l’Empire romain et du haut Moyen Âge, et de la topographie chrétienne. Il a notamment fouillé en Ligurie et en Corse, où il a dirigé des fouilles à Mariana jusqu’en 2008 et travaillé sur le site de Castellu.

Que sait-on de la Corse sous les Byzantins ?

Très peu, selon Philippe Pergola. La seule source est le pape Grégoire le Grand, dont neuf lettres décrivent des fonctionnaires corrompus, une Corse administrativement rattachée à Carthage et une Église en difficulté. L’archéologie n’a encore trouvé aucune trace de présence militaire byzantine sur l’île, contrairement à la Sardaigne.

Les Sarrasins ont-ils ravagé la Corse au haut Moyen Âge ?

Philippe Pergola ne croit pas à un cataclysme sarrasin. Il admet des attaques sur le littoral et rappelle que des Corses ont été accueillis par le pape Léon IV à Ostie. Mais les fouilles de Mariana montrent une occupation continue aux IXe et Xe siècles, et il estime qu’on attribue souvent aux Sarrasins des attaques bien plus tardives.

Pourquoi Mariana est-elle appelée la capitale de la Corse chrétienne ?

Parce que, selon Philippe Pergola, c’est à Mariana que l’on trouve une véritable topographie chrétienne, avec une cathédrale et des églises funéraires, et une occupation continue jusqu’à la fin du Moyen Âge. Les comtes de Corse venaient encore s’y faire consacrer bien après le déplacement des centres de pouvoir.

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