
Violette Artaud, journaliste à Marsactu, a passé trois jours au tribunal de Marseille pour suivre un procès rare : celui d'un trafic de pesticides venus d'Espagne, interdits en France, retrouvés chez des agriculteurs des Bouches-du-Rhône qui fournissent la grande distribution. Au micro de Clara Martot Bacry, elle raconte les dénégations des prévenus, un intermédiaire octogénaire qui commente l'audience à voix haute, l'absence de prélèvements dans les champs et des parties civiles qui posent une question simple : qu'y a-t-il dans nos assiettes ?
Des pesticides espagnols dans les exploitations
Dans le premier épisode 2026 du Bocal de Marsactu, la journaliste Violette Artaud raconte à Clara Martot Bacry les trois jours d’audience qu’elle a suivis au tribunal de Marseille, dans la salle des procès hors normes de la Belle de Mai, pour un trafic de pesticides. Six agriculteurs, dont la moitié des Bouches-du-Rhône, comparaissaient aux côtés d’un intermédiaire. Elle explique que les enquêteurs ont saisi 3,5 tonnes de produits sans AMM, l’autorisation de mise sur le marché français : en grande partie des produits espagnols, légaux en Espagne mais pas en France, ou des produits falsifiés, contenant souvent des substances actives interdites en France depuis des années. L’enquête est partie de Normandie en 2020 avant d’être délocalisée dans le Sud-Est. Violette Artaud décrit un schéma proche du trafic de drogue : un produit interdit importé d’Espagne, un intermédiaire qui prend sa commission entre la société espagnole et les acheteurs. À l’audience, la plupart des prévenus ont nié en bloc, parlant de produits donnés par des voisins qu’ils auraient « négligé » de détruire. La défense a insisté sur une lacune de l’enquête : aucun prélèvement n’a été fait sur les fruits, les légumes ou les sols, si bien qu’on ne sait pas si ces produits ont fini dans les assiettes.
Parmi les prévenus, un agriculteur déjà connu des lecteurs de Marsactu pour des faits de logement indigne d’ouvriers agricoles détachés, contre lequel le parquet a requis six mois de prison ferme et des amendes de 40 000 euros pour lui et de 80 000 euros pour sa société. Le délibéré est attendu le 7 avril.
Un intermédiaire sans filtre et une justice qui s’empare de l’environnement
Violette Artaud dresse le portrait de l’intermédiaire, que Marsactu ne nomme pas : un retraité de près de 80 ans, ancien commercial en engrais venu, croit-elle, du Gard, qui a continué à vendre après sa retraite. À la barre, il a reconnu écrire « engrais » sur les étiquettes de produits qui étaient des pesticides, et commentait à voix haute les interrogatoires de ses coprévenus, au point d’être recadré par le président. Les écoutes téléphoniques ont montré des liens étroits entre lui et les agriculteurs, qui se tutoyaient avant que chacun ne défende sa seule personne. La journaliste souligne le caractère très rare d’un tel procès, relevé par le procureur lui-même, et la création récente d’un pôle environnement au tribunal de Marseille. Les parties civiles étaient des associations et un syndicat : la Confédération paysanne, la Ligue de protection des oiseaux, France Nature Environnement et l’UFC-Que Choisir. La défense a dénoncé un « procès politique » des pesticides, les associations ont rappelé les risques pour la santé et pour les sols, et le fait que plusieurs exploitations portaient le label HVE, Haute Valeur Environnementale.
Un procès d’apparence technique qui renvoie, selon les deux journalistes, à une question simple : ce que l’on met dans son assiette.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Marsactu : journal local d’investigation indépendant basé à Marseille.
- Tribunal correctionnel de Marseille, site de la Belle de Mai : antenne du tribunal dédiée aux procès hors normes, où s’est tenue l’audience.
- AMM : autorisation de mise sur le marché français, absente pour les produits saisis.
- Label HVE : label Haute Valeur Environnementale, porté selon la journaliste par plusieurs exploitations concernées.
- Confédération paysanne : syndicat agricole constitué partie civile.
- Ligue de protection des oiseaux : association de protection de l’environnement partie civile.
- France Nature Environnement : fédération d’associations environnementales partie civile.
- UFC-Que Choisir : association de consommateurs qui a plaidé à l’audience.
Au fil de l’épisode
- 00:01:10 : premier Bocal de 2026 et présentation du procès
- 00:02:25 : ce que sont les pesticides sans AMM et les 3,5 tonnes saisies
- 00:03:32 : une enquête partie de Normandie en 2020 et les ressemblances avec le trafic de drogue
- 00:05:04 : un agriculteur déjà connu des lecteurs de Marsactu
- 00:07:16 : l’arrivée des prévenus en 4×4 à la Belle de Mai et leur défense
- 00:08:41 : l’absence de prélèvements, zone d’ombre du dossier
- 00:11:59 : une attitude mutique à la barre
- 00:12:46 : les réquisitions du parquet et le délibéré du 7 avril
- 00:13:37 : le portrait de l’intermédiaire, retraité de près de 80 ans
- 00:17:56 : la couverture médiatique et un procès très rare
- 00:19:19 : le pôle environnement du tribunal de Marseille
- 00:20:04 : les parties civiles et le débat sur un « procès politique »
- 00:22:07 : le label HVE et la question de l’assiette
FAQ
Qu’est-ce que le procès du trafic de pesticides à Marseille ?
Pendant trois jours, le tribunal correctionnel de Marseille, dans sa salle de la Belle de Mai, a jugé six agriculteurs et un intermédiaire pour l’achat et la détention de pesticides sans autorisation de mise sur le marché en France. Selon Violette Artaud, 3,5 tonnes de produits, surtout espagnols ou falsifiés, ont été saisies. Le délibéré est attendu le 7 avril.
Pourquoi ces pesticides sont-ils interdits en France ?
Ils n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché français. Certains sont légaux en Espagne, d’autres falsifiés, et beaucoup contiennent des substances actives proscrites en France depuis des années. Les associations parties civiles ont rappelé à l’audience leurs risques pour la santé, notamment des enfants et des femmes enceintes, et pour les sols, l’eau et les oiseaux.
A-t-on la preuve que ces pesticides ont été utilisés sur des fruits et légumes ?
Non, selon Violette Artaud. Les enquêteurs n’ont fait aucun prélèvement sur les cultures ou les sols, ce que la défense a présenté comme une lacune majeure. Les enquêteurs expliquent que rechercher un produit à la composition inconnue est complexe et coûteux. L’utilisation figure pourtant parmi les chefs d’accusation, et le tribunal dira s’il la retient.
Qui étaient les parties civiles au procès ?
Il n’y avait que des associations et un syndicat : la Confédération paysanne, la Ligue de protection des oiseaux, France Nature Environnement et l’association de consommateurs UFC-Que Choisir. Elles estiment subir un préjudice parce que des produits interdits pour leur dangerosité ont été retrouvés chez des agriculteurs, dont plusieurs portaient le label Haute Valeur Environnementale.
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