
Le podcast Histoires de Marseille part dans les quartiers Nord, dans le 16e arrondissement, pour raconter Saint-André et Saint-Henri, deux voisins longtemps réunis en un seul territoire. Un sol chargé d'argile y a fait naître au XIXe siècle une industrie de la tuile qui a remodelé le paysage, attiré des ouvriers venus d'Italie, d'Espagne, d'Arménie et d'Algérie, et laissé derrière elle cités patronales, bidonville et friches. Deux voix déroulent cette histoire jusqu'à la fermeture de la gare de Saint-Henri en 2019.
De l’argile aux quartiers Nord
Dans cet épisode d’Histoires de Marseille, deux voix retracent l’histoire de Saint-André et de Saint-Henri, deux quartiers du 16e arrondissement de Marseille qui ne formaient autrefois qu’un seul territoire, au point qu’une tentative de commune indépendante de Marseille a été menée au milieu du XIXe siècle. Tout part du sol, très chargé en argile : une plaine côtière entre les collines calcaires du massif de l’Estaque et la mer. Saint-Henri, d’abord tourné vers la vigne, bascule vers l’industrie après le phylloxéra, ce puceron qui ravage les vignobles marseillais autour de 1863. Saint-André, lui, a une vocation industrielle plus précoce. Les chiffres donnés sont nets : 21 fabriques et environ 45 ouvriers à Saint-André en 1805, 150 tuileries et 800 ouvriers en 1860. L’usine Martin Frères, fondée vers 1833, change de dimension vers 1844 en achetant des brevets, dont celui de la tuile plate mécanique. Les frères Martin ouvrent un boulevard pour loger leurs ouvriers, financent une école de filles et une salle d’asile, l’ancêtre de l’école maternelle ; leur successeur ajoute une crèche. L’épisode s’arrête sur ce paternalisme industriel, qui améliore les conditions de vie tout en rendant les familles dépendantes de l’usine dont la sirène rythme le quartier. Viennent ensuite les vagues d’immigration (Italiens, Espagnols, Arméniens après le génocide, puis travailleurs algériens, surtout kabyles, après la Seconde Guerre mondiale) : Saint-Henri passe de 714 habitants en 1820 à près de 11 000 en 1930. Le bidonville de Lorette, à Saint-André, abrite environ 160 familles des années 1950 à 1995 sur un terrain de la Société Générale des Tuileries de Marseille, héritière de Martin Frères. Ses habitants s’organisent en association, invoquent la prescription acquisitive trentenaire et obtiennent un relogement collectif dans une petite cité HLM baptisée elle aussi Lorette, quand le terrain est vendu pour le centre commercial Grand Littoral, ouvert en 1996.
Le récit se termine sur les traces encore visibles (église Saint-Henri consacrée en 1745, cinéma à façade Art déco toujours en activité, école Saint-André-Condorcet de 1952, villa Émilienne des Martin) et sur la question de ce qui reste, au-delà des murs, de cette mémoire ouvrière.
Les références de l’épisode
- Usine Martin Frères : tuilerie de Saint-André fondée vers 1833, bâtiment de trois étages et 30 travées, démolie en 1985 ; une cité baptisée les Tuileries l’a remplacée.
- Bidonville de Lorette : environ 160 familles, majoritairement d’origine kabyle, des années 1950 à sa démolition en octobre 1995.
- Société Générale des Tuileries de Marseille (SGTM) : héritière des usines Martin Frères, propriétaire du terrain de Lorette.
- Grand Littoral : centre commercial ouvert en 1996, construit en partie sur l’emplacement du bidonville.
- Gare de Saint-Henri : halte de la ligne Marseille-Miramas, fermée en janvier 2019.
- Église Saint-Henri : consacrée en 1745, selon l’épisode.
- Villa Émilienne : bastide, maison de maîtres de la famille Martin.
Au fil de l’épisode
- 00:00:13 : Saint-André et Saint-Henri, deux voisins des quartiers Nord
- 00:01:31 : un bassin d’argile entre l’Estaque et la mer
- 00:03:22 : la vigne, le phylloxéra et le basculement vers l’industrie
- 00:04:12 : l’explosion du nombre de tuileries et d’ouvriers
- 00:04:47 : l’usine Martin Frères et le paternalisme industriel
- 00:07:49 : les vagues d’immigration et la croissance de Saint-Henri
- 00:09:27 : la vie dans le bidonville de Lorette
- 00:12:48 : le déclin de la tuile, de la démolition de l’usine à la fermeture de la gare
- 00:14:27 : Grand Littoral et la lutte des habitants de Lorette
- 00:15:44 : les lieux de mémoire de Saint-Henri et Saint-André
- 00:18:14 : la question de l’héritage immatériel
FAQ
Pourquoi parle-t-on de tuileries à Saint-André et Saint-Henri ?
Le sol de ce bassin du 16e arrondissement de Marseille est très chargé en argile. Dès le XIXe siècle, son extraction massive alimente des dizaines de tuileries : selon l’épisode, Saint-André passe de 21 fabriques en 1805 à 150 tuileries et 800 ouvriers en 1860. Les creux laissés par les anciennes carrières marquent encore le relief.
Qu’est-ce que le bidonville de Lorette ?
C’est un bidonville de Saint-André où vivaient environ 160 familles, majoritairement d’origine kabyle, des années 1950 à 1995. Installé sur un terrain de la Société Générale des Tuileries de Marseille, il avait l’eau courante et l’électricité mais ni eau chaude ni isolation. Il a été démoli en octobre 1995 pour le centre commercial Grand Littoral.
Comment les habitants de Lorette ont-ils obtenu leur relogement ?
Sommés de partir après la vente du terrain, ils découvrent la prescription acquisitive trentenaire, qui permet de revendiquer une propriété après plus de trente ans d’occupation paisible. Réunis en association, ils négocient avec la mairie et les promoteurs des compensations financières et un relogement collectif dans une petite cité HLM voisine, baptisée Lorette.
Pourquoi la gare de Saint-Henri a-t-elle fermé ?
Cette halte de la ligne Marseille-Miramas, en service pendant plus d’un siècle et demi, a fermé en janvier 2019. L’épisode relie cette fermeture notamment à la proximité de la jonction avec la LGV Méditerranée et la présente comme une étape de plus dans la transformation du quartier après la fin de l’industrie de la tuile.
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