
Troisième et dernier volet du grand débat de Marsactu, enregistré en public au théâtre de l'Œuvre avant les élections municipales à Marseille, en partenariat avec Mediapart et Radio Grenouille. Coralie Bonnefoy, Marie Lagache et Jean-François Poupelin, de Marsactu, et Joseph Confavreux, de Mediapart, y évaluent le risque d'une victoire du Rassemblement national : progression du vote depuis 2012, effets de la nouvelle loi électorale, discours des élus RN au conseil municipal et bilan des villes du Sud déjà dirigées par l'extrême droite.
Un vote RN au plus haut à Marseille
Dernier volet du grand débat de Marsactu, enregistré au théâtre de l’Œuvre avant les municipales, cette table ronde interroge le risque d’une victoire du Rassemblement national à Marseille et ses conséquences concrètes. Coralie Bonnefoy, rédactrice en chef de Marsactu, part des chiffres : au premier tour des législatives de 2024, le RN et Reconquête ont totalisé environ 116 000 voix, le plus haut score jamais atteint à un premier tour à Marseille, soit 34,7 %, contre 40 % pour le Nouveau Front populaire et 22,9 % pour la droite traditionnelle. Ces proportions se retrouvent dans les sondages publiés avant le débat, avec Benoît Payan à 31 %, le RN autour de 29 %, Martine Vassal à 22 % et Sébastien Delogu à 12 %, dans la marge d’erreur. Sur les scrutins nationaux, la progression ressemble selon elle à « une sorte d’inexorable montée d’escalier » : un peu moins de 80 000 voix en 2012, 86 000 en 2017, environ 110 000 en 2022. La journaliste explique que la réforme de la loi dite PLM, qui fait élire le maire sur une liste à l’échelle de toute la ville, favorise le RN : il ne bute plus sur l’échelon des secteurs, où se nouaient les fronts républicains, et peut additionner ses scores du nord-est et du sud-est de la ville.
S’y ajoute l’enjeu de la métropole, dont les conseillers élus choisiront la présidence avec ceux des 91 autres communes, où une partie des maires de droite pourrait, selon Coralie Bonnefoy, travailler sans difficulté avec le RN.
Les obsessions des élus RN
Marie Lagache a passé au crible plus d’une centaine d’interventions des neuf élus RN du conseil municipal, sur une trentaine de séances. Elle en retient un discours idéologique, souvent plus national que local, organisé autour de trois axes : l’emprise supposée de l’islamisme, la thèse du « grand remplacement » associée à l’insécurité, et la lutte contre le « wokisme ». Les élus veulent notamment couper les subventions du Planning familial ou de SOS Méditerranée et votent systématiquement contre les aides aux associations, à la politique de la ville et à la rénovation urbaine. Joseph Confavreux décrit le travail de Mediapart sur les mairies RN, à Perpignan et à Hénin-Beaumont, et une politique culturelle qu’il juge « revancharde », moins frontale qu’en 1995 : coupes de subventions, reprises en main, et à Perpignan, sous Louis Aliot, des journées consacrées à l’Algérie française rebaptisées ensuite « printemps de la liberté d’expression », ou une contre-exposition sur le 7 octobre organisée en marge de Visa pour l’image.
Il estime qu’aujourd’hui les collectivités ont un pouvoir de vie et de mort sur les lieux culturels et associatifs, ce qui favorise l’autocensure.
D’Orange à Perpignan, le tissu associatif sous pression
Jean-François Poupelin présente une enquête menée avec un collectif de journalistes indépendants marseillais et des médias locaux sur les subventions aux associations dans dix villes du Sud dirigées par l’extrême droite, de Perpignan à Fréjus en passant par Orange et Marignane. À Orange, dirigée par Jacques Bompard depuis 1995, la prise en main a été brutale : deux centres sociaux asséchés dès la première année, un troisième fermé en 2019, une mission locale partie s’installer dans une commune voisine, et un rapport de la chambre régionale des comptes de 2011 constatant l’arrêt de la politique de la ville. À Perpignan, les centres sociaux municipaux ont été préservés mais réorientés, tandis que des associations comme Welcome 66, qui aide les migrants, ou un club de rugby très engagé socialement dans les quartiers nord ont subi pressions, retraits de locaux et coupes de financement.
Les questions du public portent sur la genèse de la loi PLM, la discrétion de la campagne de Franck Allisio, concentrée sur les secteurs du nord et de l’est, l’aspiration de la droite locale par le RN, l’ancrage durable des maires RN expliqué par les politistes Félicien Faury et Christèle Lagier, le programme du RN pour la jeunesse, et le bilan de Stéphane Ravier à la mairie des 13e et 14e arrondissements, récemment condamné pour favoritisme et pour prise illégale d’intérêts.
Pour aller plus loin
- Mediapart
- Radio Grenouille
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Les références de l’épisode
- Loi PLM : réforme du mode de scrutin municipal à Paris, Lyon et Marseille, avec une liste à l’échelle de la ville.
- Joseph Confavreux : journaliste de Mediapart, partenaire de la soirée.
- Perpignan : seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par le RN selon Joseph Confavreux, sous la conduite de Louis Aliot.
- Orange : ville dirigée par Jacques Bompard depuis 1995.
- Visa pour l’image : festival de photojournalisme de Perpignan, en marge duquel la mairie a organisé une contre-exposition.
- Welcome 66 : association d’aide aux migrants de Perpignan.
- Chambre régionale des comptes : son rapport de 2011 sur Orange constate l’arrêt de la politique de la ville.
- Félicien Faury et Christèle Lagier : politistes cités pour expliquer l’ancrage du vote RN dans le Sud.
- Stéphane Ravier : ancien maire RN des 13e et 14e arrondissements de Marseille.
- Marseille sous emprise : livre d’enquête de Marsactu sur le narcotrafic.
Au fil de l’épisode
- 00:00:01 : présentation de la soirée Marsactu sur les fractures de Marseille
- 00:00:36 : ouverture du débat sur le risque RN et présentation des intervenants
- 00:03:13 : Coralie Bonnefoy analyse les législatives de 2024 et les sondages
- 00:07:30 : la progression du vote RN depuis 2012
- 00:09:35 : la loi PLM favorise-t-elle le RN ?
- 00:12:22 : l’inconnue métropolitaine
- 00:14:11 : Marie Lagache et les interventions des élus RN au conseil municipal
- 00:17:22 : Joseph Confavreux et le travail de Mediapart sur les mairies RN
- 00:20:28 : une politique culturelle « revancharde »
- 00:22:30 : Perpignan, de l’Algérie française au « printemps de la liberté d’expression »
- 00:24:18 : Jean-François Poupelin et l’enquête sur les subventions aux associations
- 00:25:54 : Orange et Perpignan, deux façons de traiter le social
- 00:32:18 : le pouvoir de vie et de mort des collectivités sur les lieux culturels
- 00:33:50 : Visa pour l’image et l’influence du RN à la région
- 00:35:37 : questions du public sur la loi PLM et la campagne du RN
- 00:41:00 : le poids de Marseille dans la métropole
- 00:43:12 : les votes du RN sur les aides sociales et les conséquences à Orange
- 00:49:30 : pourquoi les maires RN s’enracinent
- 00:51:50 : le programme du RN pour la jeunesse
- 00:55:19 : le bilan de Stéphane Ravier dans les 13e et 14e arrondissements
- 01:01:37 : remerciements et conclusion de la soirée
FAQ
Le Rassemblement national peut-il gagner la mairie de Marseille ?
Selon l’analyse de Coralie Bonnefoy pour Marsactu, le vote d’extrême droite n’a jamais été aussi fort à Marseille : environ 116 000 voix au premier tour des législatives de 2024, soit 34,7 %. Les sondages publiés avant le débat plaçaient le RN autour de 29 %, derrière Benoît Payan à 31 %, mais dans la marge d’erreur.
Pourquoi la loi PLM favorise-t-elle le RN à Marseille ?
D’après les journalistes de Marsactu, le maire est désormais élu sur une liste à l’échelle de toute la ville. Le RN ne bute plus sur l’échelon des secteurs, où se formaient les fronts républicains, et peut additionner ses bons scores du nord-est et du sud-est avec ses résultats plus faibles du centre-ville.
Que deviennent les associations dans les villes dirigées par le RN ?
L’enquête présentée par Jean-François Poupelin sur dix villes du Sud montre des coupes dans le tissu associatif. À Orange, deux centres sociaux ont été asséchés dès la première année et la politique de la ville s’est arrêtée. À Perpignan, les centres sociaux ont été préservés mais réorientés, tandis que des associations comme Welcome 66 ont subi des pressions.
Quels sont les thèmes des élus RN au conseil municipal de Marseille ?
Marie Lagache a étudié plus d’une centaine d’interventions des neuf élus RN. Elle relève trois axes : l’emprise supposée de l’islamisme, la thèse du « grand remplacement » liée à l’insécurité, et la lutte contre le « wokisme ». Ils votent aussi contre les subventions aux associations et à la politique de la ville.
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