
Deuxième volet du grand débat de Marsactu, enregistré en public au théâtre de l'Œuvre avant les élections municipales à Marseille, en partenariat avec Mediapart et Radio Grenouille. Les journalistes Clara Martot Bacry et Jean-François Poupelin y examinent le fossé entre les Marseillais et leurs élus : abstention massive dans les quartiers nord, classes populaires très peu présentes au conseil municipal, collectifs citoyens qui tentent de peser, et affaires de probité qui nourrissent la défiance.
Des quartiers populaires absents des conseils
Dans ce deuxième volet du grand débat de Marsactu, enregistré au théâtre de l’Œuvre avant les municipales, Clara Martot Bacry et Jean-François Poupelin, journalistes du site d’enquête marseillais, s’intéressent à la fracture entre citoyens et élus. Premier symptôme : l’abstention. Aux législatives de 2024, elle oscillait entre 40 et 62 % dans les quartiers nord et dans une vallée de l’est de la ville, et atteint parfois 80 % dans certains bureaux lors d’autres scrutins. Jean-François Poupelin s’appuie sur la carte interactive du projet Démocratiser la politique, qui milite pour la parité sociale : les classes populaires, environ un tiers de la population marseillaise, n’occupent que 10 % des sièges du conseil municipal, quand les classes supérieures, 13 % de la population, en détiennent 64 %. Dans le secteur des 13e et 14e arrondissements, le plus peuplé de la ville avec 155 000 habitants, les classes populaires représentent 42 % de la population, 19 % des candidats de 2020 et 9 % des élus. Le journaliste décrit ensuite les collectifs citoyens nés pour corriger ce déséquilibre, en particulier Force Vive, monté par des acteurs associatifs des quartiers populaires. Sa proposition d’une liste à tête citoyenne soutenue par LFI et le Printemps marseillais a été refusée ; le collectif a créé un syndicat des associations de proximité.
Les deux journalistes soulignent la diversité de ces collectifs : certains, comme celui du Printemps marseillais, réunissent surtout des militants déjà politisés et des cadres. À droite et à l’extrême droite, on parle plutôt de « société civile », avec des présidents de comités d’intérêt de quartier ou d’organisations professionnelles.
Programmes et affaires de probité
Jean-François Poupelin a passé les programmes au crible. Il n’a trouvé aucune référence à la participation citoyenne chez Martine Vassal ni chez Franck Allisio. Le programme du Printemps marseillais compte 65 occurrences du mot citoyen et propose de prolonger l’assemblée citoyenne et le budget participatif, de créer une convention citoyenne sur les mobilités et un droit d’interpellation. La France insoumise ouvre son programme par un chapitre « Rendre le pouvoir au peuple », avec des comités populaires et un droit de pétition municipale. Clara Martot Bacry présente ensuite la cartographie des affaires de probité publiée par Marsactu : hors Marseille, une commune sur six des Bouches-du-Rhône, soit 20 communes, est concernée, le plus souvent pour prise illégale d’intérêts, favoritisme ou corruption. À Marseille, le journal a répertorié des affaires visant les principaux candidats ou leur formation.
Le public interroge la méthode de classement des élus, le rôle des partis, le poids des comités d’intérêt de quartier et les effets de la réforme du mode de scrutin dite loi PLM, qui selon les journalistes ne change rien pour l’heure à la répartition des compétences.
Pour aller plus loin
- Mediapart
- Radio Grenouille
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Les références de l’épisode
- Démocratiser la politique : projet de chercheurs, d’associations et de citoyens qui milite pour la parité sociale et cartographie la composition des conseils municipaux.
- Force Vive : collectif d’acteurs des quartiers populaires, à l’origine d’un syndicat des associations de proximité.
- Marseille Populaire : collectif qui revendique des places sur les listes électorales.
- Comités d’intérêt de quartier (CIQ) : associations d’habitants dont les listes revendiquent les présidents.
- Loi PLM : réforme du mode de scrutin municipal à Marseille, évoquée par le public.
- Nora Preziosi et Erwan Davoux : têtes d’une liste se revendiquant citoyenne.
- Stéphane Ravier : sa victoire pour le Rassemblement national en 2014 a fait basculer le secteur des 13e et 14e arrondissements.
- Sébastien Delogu, Martine Vassal, Franck Allisio, Benoît Payan : candidats ou formations cités dans l’enquête sur les affaires de probité.
- Poitiers : ville citée en exemple d’une équipe largement citoyenne engagée sur la parité sociale.
Au fil de l’épisode
- 00:00:01 : présentation de la soirée Marsactu sur les fractures de Marseille
- 00:00:36 : Clara Martot Bacry et Jean-François Poupelin ouvrent le débat sur la fracture entre citoyens et élus
- 00:01:34 : la carte de l’abstention aux législatives de 2024
- 00:02:37 : le projet Démocratiser la politique et la composition sociale des conseils
- 00:03:47 : 10 % d’élus issus des classes populaires au conseil municipal
- 00:04:12 : le secteur des 13e et 14e arrondissements
- 00:05:20 : les collectifs citoyens et le collectif Force Vive
- 00:09:32 : des collectifs aux profils contrastés
- 00:11:30 : « société civile » à droite, « citoyens » à gauche
- 00:12:38 : la place des citoyens dans les programmes des candidats
- 00:15:37 : la cartographie des affaires de probité dans les Bouches-du-Rhône
- 00:18:04 : questions du public sur les listes citoyennes et la méthode de classement
- 00:21:45 : Marseille dans la norme française, l’exemple de Poitiers
- 00:25:06 : le recul des partis dans les quartiers populaires
- 00:26:17 : le rôle des comités d’intérêt de quartier
- 00:29:33 : la loi PLM et la répartition des compétences
- 00:33:25 : conclusion et annonce du troisième débat
FAQ
Les classes populaires sont-elles représentées au conseil municipal de Marseille ?
Très peu, selon les données du projet Démocratiser la politique présentées par Jean-François Poupelin. Les classes populaires représentent environ un tiers de la population marseillaise mais seulement 10 % des élus du conseil municipal, tandis que les classes supérieures, 13 % de la population, occupent 64 % des sièges.
Qu’est-ce que le collectif Force Vive à Marseille ?
C’est un collectif monté environ un an et demi avant le débat par des acteurs associatifs et des habitants des quartiers populaires, dans le secteur des 13e et 14e arrondissements. Il voulait une liste à tête citoyenne soutenue par LFI et le Printemps marseillais. Après leur refus, il a créé un syndicat des associations de proximité.
Combien de communes des Bouches-du-Rhône sont concernées par des affaires de probité ?
Selon la cartographie publiée par Marsactu et présentée par Clara Martot Bacry, une commune sur six hors Marseille, soit 20 communes, fait l’objet d’une affaire de justice visant des élus. Les délits les plus fréquents sont la prise illégale d’intérêts, le favoritisme et la corruption.
Que proposent les candidats aux municipales pour impliquer les citoyens ?
D’après Jean-François Poupelin, les programmes de Martine Vassal et de Franck Allisio n’y font pas référence. Le Printemps marseillais veut prolonger l’assemblée citoyenne et le budget participatif et créer une convention citoyenne sur les mobilités. La France insoumise propose des comités populaires et un droit de pétition municipale.
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