
À Avignon, Marie-Cécile Drécourt, alias Esperluette, donne la parole à Hanane et Cécile, auxiliaires de vie chez Artemis, et à Olivier Rousset, leur responsable des ressources humaines, qui a écrit pour elles une pièce de théâtre afin de changer le regard sur un métier qui peine à recruter. Enregistrées deux mois avant la première, elles racontent leur quotidien chez les bénéficiaires, les clichés qu'elles entendent, et les répétitions de « On kiffe nos p'tits vieux ».
Auxiliaire de vie, un métier choisi par hasard et gardé par conviction
À Avignon, Marie-Cécile Drécourt, alias Esperluette, ouvre la huitième saison de son podcast avec deux auxiliaires de vie de la société d’aide à domicile Artemis, Hanane et Cécile, et avec Olivier Rousset, responsable des ressources humaines de la structure. Les interviews ont été enregistrées en novembre 2025, deux mois avant la première d’une pièce de théâtre écrite pour changer l’image du métier. Hanane, salariée d’Artemis depuis 2019, venait de la vente : elle a répondu à une annonce, appris qu’aucun diplôme n’était exigé, commencé dix jours plus tard, puis obtenu par la validation des acquis de l’expérience (VAE) le diplôme d’État d’accompagnant éducatif et social (AES). Cécile, elle, a débuté à 21 ans par un job d’été, alors que ses études ne marchaient pas, et ne l’a plus jamais quitté. Toutes deux décrivent un travail qui va bien au-delà de la toilette et du ménage : préserver l’autonomie en « faisant avec » la personne, l’accompagner chez le médecin, l’aider pour les papiers administratifs, les courses ou les transferts du lit au fauteuil avec du matériel adapté. Elles insistent sur la formation aux gestes et postures, qui évite de « finir tout cassé », sur des plannings qui changent chaque semaine et sur le travail en équipe chez un même bénéficiaire, qui permet de garder un regard neuf sur la relation. L’une d’elles raconte aussi une longue période où elle n’était pas fière de son métier, tant on lui répétait qu’elle pouvait « faire mieux », avant de le trouver « vraiment beau ».
Elles évoquent les moments qui restent : une épouse âgée faisant un long détour pour embrasser son mari avant la toilette, la perte d’un bénéficiaire suivi depuis des années, une jeune femme polyhandicapée qui a appris à ranger seule sa vaisselle.
Une pièce de théâtre pour recruter
Olivier Rousset explique qu’environ 120 auxiliaires de vie interviennent pour Artemis à Avignon, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, auprès d’environ 600 bénéficiaires planifiés chaque mois, et que le recrutement reste difficile malgré des annonces publiées toute l’année. Les auxiliaires sont payées au SMIC, précise-t-il. Pour les fidéliser, il a créé un groupe de six auxiliaires et organisé une opération « Vis ma vie », où l’encadrement a passé une journée sur le terrain et les auxiliaires une journée au bureau. Lorsque le Département de Vaucluse a lancé un appel à projet pour « renforcer l’attractivité des métiers grâce à des actions innovantes », il a écrit en un week-end le projet d’une pièce, « On kiffe nos p’tits vieux », qui raconte une journée dans la vie d’une bénéficiaire maintenue à domicile, jouée par des auxiliaires qui n’étaient jamais montées sur scène. Le titre vient d’une chanson écrite sur l’air de « Aimer », tiré de la comédie musicale Roméo et Juliette. Hanane et Cécile racontent les répétitions organisées avec l’aide des coordinatrices, le texte appris à la maison avec le mari et les enfants, le trac qui rappelle celui des premières visites chez un inconnu. La pièce doit être filmée pour servir à la promotion du métier, et un job dating est prévu le lendemain à France Travail.
« Moi, j’en suis sûre que certains vont déposer leur CV après avoir vu la pièce », affirme l’une des auxiliaires.
Pour aller plus loin
- La suite de la série sur la pièce « On kiffe nos p’tits vieux »
- La retranscription de l’interview sur le blog d’Esperluette
- Le site d’Esperluette
- La newsletter « Esperluette…entre nous »
- Marie-Cécile Drécourt sur LinkedIn
Les références de l’épisode
- Artemis : société d’aide à domicile d’Avignon où travaillent Hanane, Cécile et Olivier Rousset
- « On kiffe nos p’tits vieux » : pièce écrite et mise en scène par Olivier Rousset, jouée par six auxiliaires de vie
- Département de Vaucluse : auteur de l’appel à projet qui a soutenu financièrement la pièce et les podcasts
- France Travail : partenaire du projet, où un job dating est prévu le lendemain de la première
- Roméo et Juliette : comédie musicale sur l’air de laquelle est écrite la chanson de la pièce
Au fil de l’épisode
- 00:00:33 : l’appel à projet du Département de Vaucluse et l’idée de la pièce
- 00:01:58 : Hanane et Cécile se présentent et racontent leur arrivée dans le métier
- 00:03:34 : ce que fait concrètement une auxiliaire de vie
- 00:04:58 : des journées sans routine
- 00:05:54 : un métier physique et l’importance de la formation aux gestes et postures
- 00:06:46 : l’évolution du métier et le travail en équipe
- 00:07:46 : l’image du métier, du manque de fierté à la fierté retrouvée
- 00:09:42 : le projet de théâtre présenté par les auxiliaires
- 00:10:28 : Olivier Rousset, le recrutement et la fidélisation chez Artemis
- 00:12:13 : SMIC, heures supplémentaires et opération « Vis ma vie »
- 00:13:14 : l’appel à projet et le projet écrit en un week-end
- 00:14:10 : ce que raconte la pièce
- 00:15:06 : jouer son propre rôle et l’origine du titre
- 00:16:35 : les répétitions
- 00:18:33 : ce que les spectateurs devraient retenir
- 00:20:58 : les souvenirs les plus beaux et les plus durs
- 00:24:19 : le trac de la scène et celui des premières visites
- 00:26:45 : capter la pièce pour promouvoir le métier
- 00:28:02 : les clichés sur le métier
FAQ
Faut-il un diplôme pour devenir auxiliaire de vie ?
Dans cet épisode, Hanane raconte qu’Artemis l’a embauchée à Avignon sans diplôme ni expérience, et qu’elle a commencé dix jours après sa candidature. Elle a ensuite obtenu le diplôme d’État d’accompagnant éducatif et social par la validation des acquis de l’expérience. Cécile, elle, a débuté à 21 ans par un job d’été sans CV.
Qu’est-ce que la pièce « On kiffe nos p’tits vieux » ?
C’est une pièce de théâtre écrite et mise en scène par Olivier Rousset, responsable des ressources humaines d’Artemis à Avignon, et jouée par six auxiliaires de vie qui n’étaient jamais montées sur scène. Elle raconte une journée dans la vie d’une bénéficiaire maintenue à domicile, pour donner envie de rejoindre le métier.
Pourquoi le métier d’auxiliaire de vie peine-t-il à recruter ?
Selon Olivier Rousset, le métier est sous-estimé et beaucoup de candidats s’aperçoivent qu’il demande un fort engagement humain. Les auxiliaires sont payées au SMIC. Les clichés pèsent aussi : Hanane et Cécile citent l’image de la femme de ménage mal payée, alors qu’elles décrivent un lien social et un soutien à l’autonomie.
Le métier d’auxiliaire de vie est-il très physique ?
Oui, disent les deux auxiliaires, mais des techniques et du matériel adapté permettent de transférer une personne sans se blesser. Elles sont formées régulièrement aux gestes et postures, ce qui leur évite selon elles de « finir tout cassé », même face à une personne plus lourde qu’elles.
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