
Le professeur Didier Raoult, microbiologiste et ancien directeur de l'IHU de Marseille, est l'invité d'Ils font Marseille à la sortie de son livre La société du factice. Enfance à Dakar, médecine tropicale, combat pour installer l'IRD à Marseille, rapport de 2003 : il retrace son parcours avant de revenir sur la crise du Covid, ses tests, ses traitements et ses critiques très vives des autorités sanitaires, qu'il assume sans nuance. Des positions qui restent les siennes.
Marseille, la médecine tropicale et l’IHU
Dans Ils font Marseille, le professeur Didier Raoult, microbiologiste et ancien directeur de l’IHU de Marseille, revient sur sa carrière et sur la crise du Covid, à l’occasion de la sortie de son livre La société du factice chez Fayard. Né à Dakar, dans une unité de recherche en nutrition tropicale bâtie par son père, arrivé à Marseille dans les années 1960, il raconte une scolarité chaotique, un bac passé en candidat libre, plus d’un an en mer, y compris dans la marine marchande, puis des études de médecine. Devenu responsable de la recherche à la faculté de médecine en 1989 et président de l’université en 1994, il explique s’être battu plus de dix ans pour installer à Marseille l’ancien ORSTOM, devenu l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Selon lui, la médecine tropicale a sa place à Marseille, ville portuaire marquée par son histoire coloniale et par une population qui voyage entre deux rives. Il présente l’IHU comme un lieu qui réunit soins, microbiologie et épidémiologie.
Il rappelle aussi le rapport qu’il a remis en 2003 au ministre de la Santé Jean-François Mattei, où il recommandait déjà de « compter les morts » en temps réel, juste avant la canicule.
Le Covid vu depuis son laboratoire
Didier Raoult revient longuement sur la gestion de l’épidémie, qu’il critique durement. Il raconte qu’il proposait de tester sur le tarmac les voyageurs rapatriés de Chine, que son équipe a mis ses tests PCR en place en trois semaines, et affirme que l’IHU a soigné 30 000 malades et testé un million de personnes. Il reproche aux autorités d’avoir dit aux malades de ne pas consulter et décrit, d’après ses observations, une maladie différente de la grippe : on ne sent pas venir l’insuffisance respiratoire, et il faut surveiller la coagulation. Il défend l’hydroxychloroquine, conteste l’efficacité des vaccins contre la transmission et soutient que le virus vient des chauves-souris, pas d’un laboratoire. Ce sont ses positions, exprimées avec virulence contre plusieurs responsables politiques et scientifiques qu’il nomme ; le titre de l’épisode reprend l’une de ses formules. Il évoque enfin les vidéos hebdomadaires de l’IHU sur YouTube, qui ont selon lui réuni 180 millions de vues en deux ans.
Interrogé sur sa communication, il dit n’avoir parlé que de ce qu’il connaissait et préférer les podcasts aux plateaux de télévision.
Notoriété, journalisme et ville d’accueil
Didier Raoult assure ne pas avoir cherché la notoriété et ne pas en souffrir : il dit être salué dans la rue, à Marseille comme à Paris. Il raconte avoir relancé l’école de journalisme de Marseille quand il présidait l’université, et rapporte ses échanges avec un rédacteur en chef du Provençal, qui lui expliquait qu’un journal est « la vérité du jour ». Parti de l’IHU en 2022, il y retourne encore une ou deux fois par semaine, écrit, donne des conférences et conseille d’anciens élèves en Afrique, de Djibouti à la Guinée. Il termine sur Marseille, qu’il décrit comme un sas où les populations arrivent et s’installent, et cite l’intégration de la communauté comorienne et les étudiants africains, qu’il juge parmi ses plus motivés.
Pour un prochain invité d’Ils font Marseille, il propose le rappeur Soprano.
Didier Raoult nous recommande…
André Suarès : pour comprendre Marseille, il conseille de lire cet écrivain, qui décrit selon lui une ville restée la même, avec ses encombrements et sa population bigarrée.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- La société du factice : livre de Didier Raoult paru chez Fayard, point de départ de l’entretien.
- IHU de Marseille : institut hospitalo-universitaire de maladies infectieuses qu’il a dirigé jusqu’en 2022.
- Institut de recherche pour le développement (IRD) : ancien ORSTOM, dont il a obtenu l’installation à Marseille.
- Édith Cresson : Première ministre qui cherchait des administrations à délocaliser, saluée par Didier Raoult.
- Canicule de 2003 : crise sanitaire qui, selon lui, a montré que le ministère ne comptait pas les morts.
- Lyssenko : exemple soviétique de manipulation de la science qu’il cite dans son livre.
Au fil de l’épisode
- 00:01:35 : devenu un symbole de Marseille, son rapport à la notoriété
- 00:03:13 : la recherche médicale à Marseille et la délocalisation voulue par Édith Cresson
- 00:04:56 : pourquoi la médecine tropicale s’est développée à Marseille
- 00:06:42 : le combat pour installer l’IRD à Marseille
- 00:08:45 : ce qu’est l’IHU
- 00:10:23 : une scolarité chaotique, le bac en candidat libre et la marine marchande
- 00:13:39 : l’influence de son père et l’enfance à Dakar
- 00:15:17 : le diagnostic de masse et la crise des poudres de 2001
- 00:17:41 : le rapport de 2003 et la canicule
- 00:20:51 : son regard sur l’organisation de la recherche française
- 00:23:09 : l’arrivée du Covid et les rapatriés de Chine
- 00:26:05 : signes, diagnostic, traitement : sa méthode face à une maladie inconnue
- 00:27:54 : la mise en place des tests PCR
- 00:30:19 : 30 000 malades soignés et un million de tests
- 00:31:54 : la chaîne YouTube de l’IHU
- 00:33:28 : sa relation avec les médias et l’école de journalisme de Marseille
- 00:39:04 : la popularité dans la rue et la tentation des municipales
- 00:41:06 : les variants et ses désaccords avec les autorités
- 00:42:44 : ses positions sur les vaccins
- 00:43:54 : l’évolution des virus et l’origine du coronavirus
- 00:47:23 : l’hydroxychloroquine
- 00:49:15 : pourquoi ce livre, de Lyssenko au « monde factice »
- 00:50:59 : sa vie depuis son départ de l’IHU
- 00:55:06 : son invité souhaité et son regard sur Marseille, ville d’accueil
FAQ
Pourquoi Didier Raoult dit-il que la médecine tropicale doit être à Marseille ?
Selon Didier Raoult, Marseille n’a eu longtemps qu’une école de médecine coloniale dépendant de Montpellier, et c’est la médecine tropicale qui y a fait naître la faculté. Il ajoute que la ville compte des habitants qui voyagent entre la France et les tropiques. C’est pourquoi il s’est battu pour y installer l’Institut de recherche pour le développement.
Qu’est-ce que l’IHU de Marseille selon Didier Raoult ?
Didier Raoult décrit l’IHU comme un institut hospitalo-universitaire qui réunit au même endroit les services de maladies infectieuses, un grand laboratoire de microbiologie et la veille épidémiologique. Il le présente comme l’un des six projets retenus par un jury international, et affirme qu’il a permis de disposer de données propres pendant l’épidémie de Covid.
Que raconte Didier Raoult sur le rapport qu’il a remis en 2003 ?
Il explique avoir rédigé, à la demande du ministre de la Santé Jean-François Mattei, un rapport sur le bioterrorisme et les risques infectieux. Il y recommandait notamment de compter les morts en temps réel. Selon lui, la canicule de 2003, survenue peu après, a montré que le ministère ne savait pas mesurer la mortalité.
Que fait Didier Raoult depuis son départ de l’IHU ?
Parti en 2022, il dit retourner à l’IHU une ou deux fois par semaine pour terminer des travaux. Il écrit, a poursuivi une série de vidéos sur l’histoire des sciences, accepte des invitations dans des podcasts et des conférences, et conseille d’anciens élèves installés en Afrique, notamment à Djibouti et en Guinée.
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