
L'imam Ismail, qui officie à la mosquée des Bleuets à Marseille depuis 2010, répond aux questions d'Ils font Marseille sur les affaires qui le visent. Condamné en première instance pour apologie du terrorisme après un retweet, il donne sa version des faits, revient sur la menace de fermeture de sa mosquée et sur le bras de fer avec la préfecture. Il parle ensuite de laïcité, du voile, du vote des musulmans et de ce qu'il décrit comme une montée de l'islamophobie, à Marseille et en France.
Un imam marseillais face à l’État
Dans Ils font Marseille, l’imam Ismail, de la mosquée des Bleuets à Marseille, donne sa version des procédures qui le visent, lui et son lieu de culte, puis parle de l’islam en France et de ce qu’il appelle la montée de l’islamophobie. L’animateur le présente d’emblée comme une figure « très connue et assez controversée », condamné pour apologie du terrorisme, et annonce une interview en deux temps. Né à Marseille d’un père lui aussi marseillais et d’un grand-père arrivé en 1946, l’imam raconte avoir étudié le Coran et l’arabe en Égypte, puis être devenu imam presque malgré lui, à force de remplacer l’imam principal. Il officie à la mosquée des Bleuets depuis 2010, qui accueille selon lui environ 1 000 fidèles le vendredi, à côté d’une association sociale qui organise maraudes et distributions de colis alimentaires. Il se dit supporter de l’OM, abonné au virage Sud avec toute sa famille.
Il affirme n’avoir jamais rencontré de difficulté avec les services de renseignement, qui l’ont parfois interrogé sur des personnes de passage, et date le début de ses ennuis à des conférences annulées à partir de 2022, après des signalements qu’il attribue au sénateur Stéphane Ravier et à des décisions du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.
Le retweet, la condamnation et la mosquée
L’imam Ismail revient sur deux publications à l’origine de l’affaire. La première est le partage, en juillet 2024, d’une vidéo d’Étienne Chouard parlant de « légitime défense » à propos du 7 octobre : il affirme n’avoir retenu que l’idée que les persécutions des Palestiniens avaient commencé avant cette date, et rappelle avoir condamné les attaques du 7 octobre dès le vendredi suivant. La seconde est un commentaire comparant à Daech les images d’un soldat israélien maltraitant un Palestinien, qu’il présente comme une manière de souligner la gravité des faits. Il dit avoir été condamné en première instance pour apologie du terrorisme pour le premier partage, et faire appel. Il raconte la menace de fermeture administrative de la mosquée, présentée selon lui comme un choix entre l’imam et le lieu de culte, son retrait temporaire après un drame familial, la suppression de ses anciennes publications et le certificat sur la laïcité et l’histoire de France qu’il dit avoir préparé de lui-même dès mars 2024. Selon lui, le tribunal administratif a donné raison à la mosquée, la préfecture a fait appel devant le Conseil d’État, et une question prioritaire de constitutionnalité y a été soulevée.
Il dit regretter que son partage ait été compris comme une approbation de la violence et affirme qu’il ne le referait pas.
Laïcité, voile et vote
Interrogé sur l’étiquette de salafiste que lui attribue, selon l’animateur, un rapport gouvernemental sur les Frères musulmans, il explique le sens du mot (les « origines ») et rejette toute lecture violente de l’islam. Il défend le droit d’un imam à avoir des positions politiques, affirme que les musulmans respectent les lois de la République, critique les projets d’interdire le voile aux mineures hors de l’école, et soutient que le Coran ne peut se lire de manière littérale, en replaçant certains versets dans leur contexte historique. Il dit appeler les musulmans à voter sans jamais donner de consigne de vote, dénonce le clientélisme à Marseille et estime que les discriminations y sont moins fréquentes qu’ailleurs mais en hausse. Il évoque aussi son amitié avec un rabbin marseillais, avec qui il a tenu une conférence de presse pour apaiser les tensions après le 7 octobre.
Il conclut sur le Marseille de sa jeunesse, celui du Stade Vélodrome, du Prado et du groupe IAM, et sur une leçon de son père : se dire marseillais avant tout.
Les références de l’épisode
- Mosquée des Bleuets : lieu de culte marseillais où l’imam Ismail officie depuis 2010, visé par une procédure de fermeture administrative.
- Stéphane Ravier : sénateur que l’imam accuse d’être à l’origine des signalements contre lui.
- Gérald Darmanin : ministre de l’Intérieur à l’époque des annulations de conférences évoquées.
- Étienne Chouard : auteur des propos dont le partage a valu à l’imam sa condamnation en première instance.
- Conseil d’État : juridiction saisie en appel par la préfecture dans le dossier de la mosquée.
- Stade Vélodrome : le stade de l’OM, que l’imam cite parmi les lieux qui unissent les Marseillais.
- IAM : groupe de rap marseillais cité parmi les souvenirs de sa jeunesse.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation de l’invité et des deux temps de l’interview
- 00:01:26 : imam à la mosquée des Bleuets depuis 2010, études en Égypte
- 00:02:43 : une famille marseillaise depuis 1946 et la passion de l’OM
- 00:03:33 : la mosquée et l’institut des Bleuets, environ 1 000 fidèles
- 00:04:48 : le bras de fer avec la préfecture
- 00:06:02 : les conférences annulées depuis 2022
- 00:08:17 : sa position après le 7 octobre
- 00:09:58 : le retweet d’Étienne Chouard
- 00:11:27 : le second retweet et la comparaison avec Daech
- 00:12:34 : la menace de fermeture administrative de la mosquée
- 00:14:24 : le certificat sur la laïcité
- 00:16:51 : la condamnation en première instance
- 00:17:24 : tribunal administratif, Conseil d’État et question de constitutionnalité
- 00:19:03 : ses regrets
- 00:20:22 : la surveillance des lieux de culte
- 00:22:21 : le salafisme, définition et distance
- 00:26:13 : islamophobie et actes anti-musulmans
- 00:28:17 : un imam peut-il prendre des positions politiques ?
- 00:30:27 : le voile et les mineures
- 00:33:01 : lois de la République et loi islamique
- 00:34:57 : lire le Coran dans son contexte
- 00:39:12 : le rapport sur les Frères musulmans
- 00:41:03 : sa définition de l’islamophobie
- 00:45:24 : appeler à voter sans consigne de vote
- 00:49:44 : le clientélisme à Marseille
- 00:50:36 : discriminations et voile
- 00:53:14 : Marseille, moins de discriminations mais en hausse
- 00:55:07 : l’amitié avec un rabbin et le dialogue entre communautés
- 00:56:37 : la leçon de son père, marseillais avant tout
FAQ
Qui est l’imam Ismail de la mosquée des Bleuets ?
L’imam Ismail officie depuis 2010 à la mosquée des Bleuets, à Marseille, qui accueille selon lui environ 1 000 fidèles le vendredi. Né à Marseille, il a étudié le Coran et l’arabe en Égypte. L’animateur le présente comme une figure controversée, condamné en première instance pour apologie du terrorisme, condamnation dont il dit faire appel.
Pourquoi l’imam Ismail a-t-il été condamné pour apologie du terrorisme ?
Selon ses explications, la condamnation en première instance porte sur le partage, en juillet 2024, d’une vidéo d’Étienne Chouard qualifiant le 7 octobre de « légitime défense ». L’imam affirme n’avoir voulu relayer que l’idée que les persécutions des Palestiniens avaient commencé avant, et rappelle avoir condamné les attaques. Il dit faire appel.
Où en est la procédure contre la mosquée des Bleuets ?
D’après l’imam, la préfecture a voulu imposer une fermeture administrative de deux mois. Le tribunal administratif a donné raison à la mosquée, la préfecture a fait appel devant le Conseil d’État et une question prioritaire de constitutionnalité y a été soulevée. Il estime qu’avec les délais, la fermeture de deux mois n’a plus d’objet, mais conteste la décision sur le fond.
Comment l’imam Ismail définit-il l’islamophobie ?
Pour l’imam Ismail, l’islamophobie désigne la haine du musulman, et non la critique de l’islam, qu’il considère comme un droit. Il dénonce des responsables politiques qui, selon lui, s’en servent comme tremplin, ainsi que le soupçon porté sur la pratique visible des musulmans, et estime que les agressions augmentent, à Marseille comme ailleurs.
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