
Mohamed Benmeddour est médiateur de rue et éducateur dans les cités de Marseille. Le 17 octobre, il était dans le centre-ville pendant les pillages, et il y a reconnu des jeunes qu'il accompagne au quotidien. Au micro d'Ils font Marseille, il explique qui sont ces jeunes, ce que l'argent et les réseaux sociaux représentent pour eux, ce qui aurait pu limiter la casse et pourquoi, selon lui, rien ne changera sans un vrai travail de prévention dans les quartiers.
Qui sont les pilleurs du 17 octobre
Dans Ils font Marseille, Mohamed Benmeddour, médiateur de rue et éducateur dans les cités de Marseille, revient sur les violences et les pillages des samedi 17 et dimanche 18 octobre dans le centre-ville. Il était sur place. Son métier : aller dans les quartiers les plus sensibles, du nord au sud de la ville, pour créer du lien avec les jeunes, les écouter et les réorienter. Selon lui, ces jeunes se sentent « stigmatisés », incompris, et vivent dans des quartiers enclavés où les services publics manquent. Parmi les pilleurs, il reconnaît des visages qu’il côtoie au quotidien : une fourchette de 11 à 50 ans, mais surtout des mineurs et des jeunes majeurs jusqu’à 25 ou 30 ans. Il ne leur prête pas de revendication. Il parle d’une « génération Nahel », qui a grandi avec les émeutes de 2023, et d’une idée qui revient chez eux : dans ce qu’ils appellent « la France à Macron », « si tu n’as pas d’argent, tu n’es rien ». Il compare avec sa propre jeunesse, il y a vingt ans, quand des centres sociaux actifs et des « grands » du quartier encadraient les plus jeunes. Il reproche à de grandes fédérations gestionnaires de centres sociaux de ne plus faire de social de terrain. Beaucoup de jeunes majeurs qu’il suit sont sans emploi ni qualification, et ne touchent même pas d’allocations.
Il défend le dialogue avec la police à Marseille, qu’il juge plus facile qu’en banlieue parisienne, et cite les sorties en mer organisées l’été par le centre de loisirs jeunes de la police nationale. À ses jeunes, il répète : « mettez-vous à la place des gens ».
Une journée hors de contrôle
Mohamed Benmeddour raconte un centre-ville « hors de contrôle pendant au moins cinq heures ». Il était au Centre Bourse, pillé sans présence policière, pendant que la casse touchait la rue Grignan, la rue Paradis et la rue Saint-Ferréol. Pour lui, les policiers ont fait leur travail mais le nombre de participants a été sous-évalué, et le fait que tout se passe en pleine journée, avec des familles dans la rue, a rendu la situation ingérable. Il aurait voulu un plan « sécuritaire et prévention » : fermeture des commerces par arrêté préfectoral, réunion préalable avec commerçants, élus et services de l’État, grillages et rues fermées. Il s’inquiète pour les petits commerçants, dont certains, dit-il, « ne se relèveront pas », quand les grandes enseignes ont les moyens de rouvrir. Il évoque la suite le dimanche, vers La Joliette et La Valentine, et une vidéo d’intrusion dans une maison de la Corniche : quand les magasins sont vides, prévient-il, on se tourne vers les particuliers. Il décrit aussi des jeunes armés de couteaux, et raconte s’être interposé entre deux pilleurs, l’un menaçant l’autre avec une lame pour lui prendre son butin.
Il voit dans la recherche de reconnaissance sur les réseaux sociaux, « celui qui fera le plus de dégâts », un moteur de la surenchère.
« L’effet cocotte-minute »
Pour Mohamed Benmeddour, le problème de fond n’a pas été traité depuis 2023. Il se souvient des émeutes de 2005, après la mort de Zyed et Bouna, quand il avait 16 ans, et estime que Marseille est passée d’une ville « moins dans la confrontation » à une ville où les manifestations dégénèrent. Il parle de « l’effet cocotte-minute » : on n’écoute pas, jusqu’au jour où ça explose. Il évoque aussi la difficulté pour les parents d’exercer leur autorité, le poids des réseaux sociaux sur des jeunes qui ne savent pas trier l’information, et celle de trouver un emploi au SMIC sans qualification : il raconte avoir fait une grève de la faim pour qu’un jeune sorti de prison et à la rue soit placé dans une structure, et le voir depuis des mois chercher du travail sans succès. Il conseille aux jeunes d’« avoir un métier dans les mains ». Il dit avoir interpellé Emmanuel Macron en 2021 lors de l’annonce du plan Marseille en Grand, dont il salue le volet transports, avec le tramway du nord au sud, mais pas le volet social, qui a selon lui profité surtout aux grosses structures associatives. Inquiet pour les mois à venir, il attend de l’élection présidentielle de 2027 un pouvoir qui écoute et réunisse « tout le monde autour de la table ».
Sa définition, en conclusion : « Faire de la politique, c’est œuvrer pour le bien commun. »
Les références de l’épisode
- Centre Bourse : le centre commercial où se trouvait Mohamed Benmeddour le 17 octobre.
- Rue Saint-Ferréol, rue Paradis et rue Grignan : les rues commerçantes du centre-ville touchées par les pillages.
- Émeutes de 2023 : les émeutes liées à Nahel, qu’il a vécues nuit après nuit avec les jeunes.
- Émeutes de 2005 : déclenchées par la mort de Zyed et Bouna, qu’il a vécues à 16 ans.
- Plan Marseille en Grand : le plan annoncé en 2021, dont il juge le volet social décevant.
- Centre de loisirs jeunes de la police nationale : qui emmène l’été des jeunes en sortie en mer.
Au fil de l’épisode
- 00:00:23 : une émission spéciale sur les événements des 17 et 18 octobre
- 00:01:05 : Mohamed Benmeddour, éducateur, de retour dans l’émission
- 00:02:05 : le métier de médiateur de rue
- 00:02:52 : des jeunes qui se sentent stigmatisés, des quartiers enclavés
- 00:03:57 : présent à la manifestation du 17 octobre
- 00:05:30 : qui sont les pilleurs : de 11 à 50 ans, surtout des mineurs et jeunes majeurs
- 00:06:04 : pas de revendication, une « génération Nahel »
- 00:07:00 : « la France à Macron » et l’argent
- 00:07:27 : il y a vingt ans, les centres sociaux encadraient les jeunes
- 00:09:35 : sans emploi ni qualification, le système D
- 00:10:44 : le rapport à la police à Marseille
- 00:12:00 : le rôle des médias et des réseaux sociaux
- 00:13:38 : le plan anti-émeute qu’il aurait voulu
- 00:15:34 : une affluence sous-évaluée
- 00:17:02 : les petits commerçants, premières victimes
- 00:19:05 : un centre-ville hors de contrôle pendant cinq heures
- 00:19:57 : la suite à La Joliette et à La Valentine
- 00:21:22 : le souvenir des émeutes de 2005
- 00:22:43 : le risque d’embrasement et la vie chère
- 00:24:13 : « l’effet cocotte-minute »
- 00:25:01 : le rôle de la famille
- 00:26:36 : réseaux sociaux et information
- 00:27:36 : la conscience politique des jeunes et les mouvements lycéens
- 00:30:35 : la surenchère de violence sur les réseaux sociaux
- 00:33:01 : trouver un emploi sans qualification
- 00:35:26 : des pilleurs de 40 ou 50 ans
- 00:36:31 : s’interposer entre pilleurs armés de couteaux
- 00:38:47 : la crainte d’attaques contre les particuliers
- 00:42:04 : ce qu’il attend des responsables politiques
- 00:44:12 : le plan Marseille en Grand
- 00:46:33 : inquiet pour la suite et l’échéance de 2027
FAQ
Qui est Mohamed Benmeddour ?
Mohamed Benmeddour est éducateur et médiateur de rue à Marseille. Il intervient dans les quartiers les plus sensibles, du nord au sud de la ville, pour créer du lien avec les jeunes et les réorienter. Il était présent dans le centre-ville le 17 octobre et avait passé les nuits des émeutes de 2023 auprès des jeunes.
Qui étaient les pilleurs du centre-ville de Marseille le 17 octobre ?
Selon Mohamed Benmeddour, ils avaient de 11 à 50 ans, mais la majorité étaient des mineurs et des jeunes majeurs jusqu’à 25 ou 30 ans, souvent sans emploi ni qualification. Il ne leur prête pas de revendication : il parle de vols d’opportunité, motivés par l’argent et par la reconnaissance sur les réseaux sociaux.
Que propose Mohamed Benmeddour pour éviter de nouveaux pillages à Marseille ?
À court terme, un plan anti-émeute mêlant sécurité et prévention : fermeture des commerces par arrêté préfectoral, réunion avec commerçants, élus et services de l’État, rues commerçantes fermées. À long terme, du travail éducatif et de prévention auprès des jeunes, et des responsables politiques présents dans les quartiers en dehors des périodes électorales.
Qu’est-ce que la « génération Nahel » dont parle Mohamed Benmeddour ?
C’est ainsi qu’il désigne les jeunes qui ont grandi avec les émeutes de 2023 et pour qui cet épisode a fait date. Selon lui, ils grandissent dans un climat de pauvreté, nourris d’images négatives sur la vie chère et l’insécurité, avec l’idée que sans argent on n’existe pas.
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