
Amine Kessaci, 22 ans, a grandi à Frais-Vallon, dans le 13e arrondissement de Marseille. Fondateur de l'association Conscience, il vit sous protection policière depuis la mort de ses deux frères et se présente aux municipales de 2026 sur la liste du Printemps marseillais. Dans Ils font Marseille, il raconte une campagne menée sans domicile fixe, explique pourquoi des jeunes basculent dans les réseaux et détaille ses propositions, de l'école au Parlement européen, pour frapper les têtes de réseaux et offrir une issue à ceux qui veulent en sortir.
De Frais-Vallon à l’association Conscience
Dans Ils font Marseille, Amine Kessaci, 22 ans, figure de la lutte contre le narcotrafic à Marseille et candidat sur la liste du Printemps marseillais aux municipales de 2026, revient sur son parcours et son combat. Sous protection policière permanente depuis la mort de ses deux frères, il raconte une campagne menée sans domicile fixe, avec des déplacements étudiés par les services de sécurité, jusqu’à l’annulation d’un meeting à Aix-en-Provence en raison d’une menace imminente. Il dit se sentir « très combatif et très déterminé ». Avant-dernier d’une fratrie de six, il a grandi dans la cité de Frais-Vallon, dans le 13e arrondissement, mais a été scolarisé dans les quartiers sud, à la Timone et à la Capelette, par choix de sa mère : une expérience qui fonde, dit-il, sa conception de la mixité sociale et de « l’école de la République ». À 16 ans, il crée l’association Conscience, qui mène des opérations de nettoyage dans les cités, des permanences d’aide administrative et alimentaire, puis un accompagnement des familles de victimes du narcotrafic, après l’assassinat de son frère aîné Brahim en décembre 2020. Titulaire d’un baccalauréat professionnel avec mention très bien, il raconte que sa candidature a ouvert Sciences Po Paris aux bacheliers professionnels.
Il explique être passé à la politique parce que les associations, « derniers remparts de la République dans les quartiers », ne peuvent répondre seules aux problèmes de façon globale, et plaide pour des maisons de la santé et des guichets administratifs dans chaque quartier.
Comprendre le narcotrafic pour le combattre
Amine Kessaci distingue deux profils parmi les jeunes qui entrent dans les réseaux : une minorité fascinée par l’image des trafiquants, qui relève selon lui d’un accompagnement psychologique, et une majorité qui n’a aucune autre perspective, quand le point de deal est la première chose qu’on voit en sortant de l’école. Il propose des petits déjeuners à l’école, des activités périscolaires, des parcours alternant formation et emploi dès le collège, et une orientation qui parte des envies des jeunes. Il dénonce aussi ce qu’il appelle la « narcocratie » : l’héroïsation du trafiquant dans les séries et sur les réseaux sociaux, et des réseaux qui cherchent à se substituer ponctuellement à l’État, comme cette lettre proposant 100 euros de dédommagement aux habitants d’une cité de Cavaillon. Dans son livre Marseille, essuie tes larmes, publié aux éditions Le Bruit du monde, il écrit que « nos réalités dépassent vos fictions ». Pour lui, vingt-cinq ans de « tout répressif » ont mené « droit dans un mur » : il défend une réponse transversale (emploi, éducation, transports, police de proximité, justice) et une répression ciblée sur le haut du spectre, les têtes de réseaux installées à l’étranger. Il a porté au Parlement européen une résolution demandant d’exiger des pays partenaires qu’ils acceptent les demandes d’extradition, et la création d’un office antistupéfiants européen doté d’une agence de renseignement pour saisir les avoirs des trafiquants.
Il dit avoir été, malgré lui, lanceur d’alerte depuis 2020, et vouloir désormais apporter des réponses politiques.
Une campagne sous protection
À l’échelle de la ville, Amine Kessaci estime qu’une mairie ne peut pas démanteler les réseaux, mais qu’elle peut agir : aménagement de l’espace public, poubelles fixes dans les cités du bailleur Marseille Habitat pour empêcher les barrages, police municipale portée de 800 à 1 600 agents avec une antenne par arrondissement, nouveau contrat de sécurité avec l’État. Il veut créer une association nationale des maires engagés contre le narcotrafic, avec un dispositif de « dépaysement » pour offrir logement et emploi dans une autre ville aux jeunes qui veulent quitter les réseaux. Il juge « indigne » une partie de la campagne et affirme que son ennemi n’est pas un parti mais le narcotrafic. Il explique avoir rejoint Benoît Payan par affinité personnelle et par continuité avec ses candidatures précédentes sous l’étiquette de la gauche unie. Interrogé sur le prix de son engagement, il évoque une culpabilité intime mais assure ne rien regretter.
« Si je milite contre le narcotrafic, c’est que je milite pour nos vies », résume-t-il, en souhaitant que plus aucun jeune de 22 ans n’ait à enterrer ses deux frères.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Marseille, essuie tes larmes : livre d’Amine Kessaci publié aux éditions Le Bruit du monde.
- Association Conscience : fondée par Amine Kessaci à 16 ans, elle accompagne notamment les familles de victimes du narcotrafic.
- Frais-Vallon : cité du 13e arrondissement de Marseille où il a grandi.
- Printemps marseillais : collectif du maire sortant Benoît Payan, sur la liste duquel il est candidat.
- Sciences Po Paris : école ouverte aux bacheliers professionnels après sa candidature, selon lui.
- Plan Marseille en grand : plan présenté par le président de la République à Bassens, auquel il dit avoir contribué.
- Parlement européen : il y a porté une résolution sur le narcotrafic avec des eurodéputés.
- Marseille Habitat : bailleur social de la Ville, dans lequel il veut s’investir.
- Christiane Taubira et Roberto Saviano : personnalités qu’il cite, la première sur le deuil, le second sur la lutte contre les mafias.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation d’Amine Kessaci, sous protection policière permanente
- 00:01:43 : son état d’esprit : combatif et déterminé
- 00:03:58 : vivre et faire campagne sous protection
- 00:06:36 : l’annulation du meeting d’Aix-en-Provence
- 00:07:50 : une enfance à Frais-Vallon, une scolarité dans les quartiers sud
- 00:10:13 : l’association Conscience et les familles de victimes
- 00:13:13 : les limites du monde associatif
- 00:15:36 : l’école face au décrochage
- 00:19:06 : bac professionnel et Sciences Po Paris
- 00:21:56 : pourquoi des jeunes tombent dans le narcotrafic
- 00:24:16 : réseaux sociaux, séries et « narcocratie »
- 00:31:18 : vingt-cinq ans de tout répressif, et après ?
- 00:34:19 : frapper le haut du spectre et la piste européenne
- 00:36:27 : de lanceur d’alerte à candidat
- 00:37:43 : ce qu’une mairie peut faire contre le narcotrafic
- 00:40:27 : une association des maires contre le narcotrafic
- 00:41:41 : une campagne jugée indigne
- 00:45:50 : pourquoi il a rejoint Benoît Payan
- 00:47:09 : le prix de l’engagement
FAQ
Qui est Amine Kessaci ?
Amine Kessaci est un militant marseillais de 22 ans, engagé contre le narcotrafic. Il a grandi à Frais-Vallon, dans le 13e arrondissement, et fondé à 16 ans l’association Conscience. Après la mort de ses deux frères, il vit sous protection policière. Il est candidat sur la liste du Printemps marseillais aux municipales de 2026 et auteur de Marseille, essuie tes larmes.
Que propose Amine Kessaci contre le narcotrafic ?
Il défend une réponse transversale : emploi, éducation, transports, police de proximité et justice. Il veut cibler la répression sur les têtes de réseaux installées à l’étranger, conditionner les accords européens à l’acceptation des extraditions et créer un office antistupéfiants européen doté d’une agence de renseignement pour saisir les avoirs des trafiquants.
Que peut faire une mairie contre le trafic de drogue selon Amine Kessaci ?
Selon lui, une mairie ne peut pas démanteler les réseaux, mais elle peut aménager l’espace public, installer des poubelles fixes dans les cités pour empêcher les barrages, renforcer la police municipale, ouvrir des maisons de la santé et des guichets administratifs, et négocier avec l’État un contrat de sécurité donnant plus de moyens à la police nationale.
Qu’est-ce que l’association Conscience ?
C’est l’association fondée par Amine Kessaci à 16 ans à Marseille. Elle a mené des opérations de nettoyage dans plusieurs cités, des permanences d’aide administrative et de distribution de colis alimentaires, puis un accompagnement des familles victimes du narcotrafic, qu’il présente comme un dispositif unique en France.
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