
Vincent Cossettini, doctorant en droit privé et sciences criminelles, et Valentine Guiné Marquet répondent dans Code'Cast, le podcast de la Faculté de droit et de science politique d'Aix-Marseille, à une question posée par les réseaux sociaux : peut-on faire l'éloge d'un meurtre ? À partir du hashtag #BravoLaura, né en 2024 après qu'une femme a tué son compagnon, ils distinguent soutien et apologie, et interrogent la défiance envers la justice.
Soutenir une femme ou glorifier un meurtre
Dans cet épisode de Code’Cast, le podcast de la Faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille Université, Vincent Cossettini, doctorant en droit privé et sciences criminelles, et Valentine Guiné Marquet examinent une question née d’un fait divers : peut-on légalement faire l’éloge d’un meurtre ? En 2024, le hashtag #BravoLaura se répand sur les réseaux sociaux après qu’une femme a tué son compagnon, qu’elle accusait de viol et de violences conjugales. Vincent Cossettini explique que tout dépend des messages : l’apologie, réprimée par l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, suppose selon la jurisprudence un jugement positif sur l’infraction elle-même, et non un soutien à la personne ; certains tweets pourraient aller jusqu’à la provocation au crime. Valentine Guiné Marquet ajoute que l’apologie n’exige pas d’appel explicite à reproduire l’acte : il suffit de lui conférer une « portée héroïque ». Les deux intervenants situent la limite avec la liberté d’expression, garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, dans le contrôle de proportionnalité exercé par les juges. Ils montrent comment le contexte de violences conjugales change le regard de l’opinion, de MeToo à la baisse de la romantisation des féminicides, et relient ce phénomène à la défiance envers la justice : selon les sondages cités par Vincent Cossettini, environ 51 % des Français s’en méfiaient en 2024. Pour eux, il n’y a pas de banalisation du meurtre en général, mais une glorification contextuelle de l’auteur perçu comme victime.
Pour finir, ils rappellent que la légitime défense invoquée sur les réseaux suppose une riposte immédiate, ce qui n’était pas le cas ici, et plaident pour une justice et des médias plus pédagogues face au temps de l’émotion.
Les références de l’épisode
- #BravoLaura : hashtag apparu en 2024 en soutien à une femme ayant tué son compagnon, point de départ de l’épisode.
- Article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse : texte qui réprime l’apologie de crime.
- Article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme : garantie de la liberté d’expression et de ses limites.
- Cour européenne des droits de l’homme : citée pour son exigence de nécessité et de proportionnalité des restrictions à la liberté d’expression.
- MeToo : mouvement dont le traitement entre 2017 et 2022 est cité pour l’évolution du regard sur les violences sexuelles.
- Étude de l’université de Genève sur les féminicides intimes en francophonie entre 1976 et 2023 : citée pour la baisse de la romantisation de ces meurtres.
- Règlement européen DSA de 2022 : obligations de transparence et de lutte contre les contenus illicites imposées aux plateformes.
- Loi Avia : loi française sur les contenus en ligne, partiellement censurée.
Au fil de l’épisode
- 00:00:21 : les faits et l’apparition du hashtag #BravoLaura
- 00:01:10 : peut-on parler d’apologie du crime ?
- 00:02:36 : apologie et provocation, la portée héroïque de l’acte
- 00:03:05 : la limite entre liberté d’expression et soutien à un crime
- 00:04:41 : peine requise et débat sur la peine de mort
- 00:06:29 : le poids du contexte de violences conjugales sur l’opinion
- 00:09:42 : réseaux sociaux et contagion émotionnelle
- 00:10:24 : la défiance envers la justice en chiffres
- 00:13:14 : assiste-t-on à une banalisation du meurtre ?
- 00:14:56 : comment le droit s’adapte aux phénomènes numériques
- 00:16:51 : légitime défense et pédagogie des décisions de justice
- 00:17:44 : temps médiatique et temps judiciaire
FAQ
Le hashtag #BravoLaura relève-t-il de l’apologie de crime ?
Cela dépend des messages, selon Vincent Cossettini. L’apologie, réprimée par la loi du 29 juillet 1881, suppose un jugement positif sur l’infraction elle-même. Les tweets qui soutiennent la femme comme victime relèvent plutôt de la défense d’une personne ; ceux qui glorifient l’acte, voire appellent à le reproduire, peuvent tomber sous le coup de l’apologie ou de la provocation au crime.
Où s’arrête la liberté d’expression face à l’éloge d’un crime ?
Les intervenants expliquent que toute restriction doit être nécessaire, poursuivre un but légitime et rester proportionnée, comme l’exige la Convention européenne des droits de l’homme. Un soutien émotionnel à une victime présumée relève de la liberté d’expression ; la glorification systématique d’un meurtre présenté comme une vengeance légitime franchit, selon Valentine Guiné Marquet, une ligne rouge.
Pourquoi la légitime défense ne s’applique-t-elle pas dans l’affaire #BravoLaura ?
Selon Vincent Cossettini, la légitime défense exige une riposte immédiate, concomitante à l’agression, ce qui n’était pas le cas en l’espèce. Il y voit un exemple de notion juridique mal comprise par le public et plaide pour un effort de pédagogie de la justice, qui doit expliquer ses décisions pour justifier son monopole de la violence légitime.
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