
Haïm Bendao, rabbin dans les quartiers Nord de Marseille depuis plus de trente ans, intervient dans les écoles avec un prêtre et un imam pour défaire les clichés. Au micro d'Ils font Marseille, il raconte comment il a vécu le 7 octobre, pourquoi il a choisi de parler de paix malgré les reproches de sa communauté, ce qu'est vraiment la journée d'un rabbin, et pourquoi il produit de la boutargue pour vivre.
Un rabbin contre les clichés
Dans Ils font Marseille, Haïm Bendao, rabbin installé à Marseille depuis plus de trente ans, raconte son travail dans les quartiers Nord, notamment dans le 14e arrondissement, et son engagement pour le dialogue entre juifs, musulmans et chrétiens. Il explique avoir accepté l’invitation parce qu’il juge important d’exister dans les médias pour « créer la balance » face aux vidéos qui attisent la haine. Ayant grandi dans les HLM de Seine-Saint-Denis, où les communautés vivaient mêlées, il regrette le repli de chacun. Il intervient dans des écoles privées avec un prêtre et un imam, et rapporte les réponses d’enfants qui n’ont « jamais vu un juif en vrai ». Pour combattre le cliché du juif attaché à l’argent, il raconte avoir refusé, sur un parking du 14e, les cinq euros qu’un homme voulait lui rendre. Selon lui, ce qu’on est à la maison finit toujours par se voir dehors, et il affirme que ses sept enfants ont appris à fréquenter tout le monde.
Il s’inquiète de la politisation des enfants, qui à dix ans reprennent dans la cour de récréation ce qu’ils ont entendu à la maison ou sur les réseaux sociaux, et explique aux élèves ce que les religions ont en commun.
Après le 7 octobre
Haïm Bendao décrit la douleur qu’il a ressentie après le 7 octobre, lui qui se dit très attaché à Israël, et dit que la mort d’enfants palestiniens le touche aussi : « un enfant qui meurt, ça reste un enfant », a-t-il dit à ses fidèles. Il raconte un discours de paix prononcé peu après à Notre-Dame de la Garde avec un imam et un prêtre, qui lui a été reproché dans sa communauté, puis une visite au Camp des Milles avec de jeunes Marseillais de toutes origines. Il fait aussi le récit d’un moment qu’il présente comme « pas à son avantage » : insulté par un passant, il s’est surpris le lendemain à vouloir ne pas laisser passer une femme voilée, avant de se reprendre. Il en tire une leçon sur le conditionnement que peuvent subir les plus jeunes. Sur les t-shirts « Free Palestine » ou les drapeaux au stade, il distingue le soutien à une cause et l’antisémitisme, tout en disant combien certaines images l’ont blessé ; lui est allé au stade avec un drapeau de la paix.
Il regrette que les personnalités publiques ne mettent pas davantage en avant ceux qui œuvrent ensemble pour la paix, et dit avoir perdu des amis qui refusaient la nuance.
Rabbin, acteur social et vendeur de boutargue
Haïm Bendao raconte une enfance difficile, une nourrice espagnole qui l’emmenait à l’église, puis l’école rabbinique et ses diplômes obtenus à New York et au Canada. Arrivé dans sa synagogue à 24 ans, il est resté à Marseille pour sa femme, qu’il appelle « ma lumière », et a choisi un quartier populaire. Il décrit ses journées : prière du matin et café avec les fidèles, étude, visites à l’hôpital, accompagnement des familles en deuil, demandes de parloir pour des jeunes détenus. Il insiste sur le fait qu’un rabbin doit savoir orienter vers des professionnels, et suit une formation universitaire sur les abus et la maltraitance. Il refuse d’imposer la pratique du Shabbat à des fidèles qui n’y sont pas prêts.
Faute de gros salaire dans les quartiers Nord, il travaille à côté : après avoir vendu des jeans, il produit et vend de la boutargue, idée de sa femme originaire de Zarzis, en Tunisie. Son rêve : un plateau de télévision avec des imams.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Les quartiers Nord de Marseille : le territoire où Haïm Bendao exerce depuis plus de trente ans, notamment dans le 14e arrondissement.
- Notre-Dame de la Garde : lieu d’un discours de paix commun d’un imam, d’un prêtre et d’un rabbin après le 7 octobre.
- Le Camp des Milles : lieu de mémoire visité avec de jeunes Marseillais.
- L’Union sacrée : film avec Richard Berry et Patrick Bruel, cité en ouverture.
- L’Olympique de Marseille : le club dont on débriefe les matchs après la prière du matin.
- La boutargue : œufs de poisson séchés que Haïm Bendao produit et vend.
- Zarzis : la ville tunisienne d’origine de sa femme.
Au fil de l’épisode
- 00:00:28 : présentation de Haïm Bendao, rabbin à Marseille depuis plus de trente ans
- 00:00:56 : pourquoi se montrer dans les médias
- 00:02:58 : grandir en Seine-Saint-Denis et les clichés sur les juifs
- 00:03:49 : les interventions dans les écoles avec un prêtre et un imam
- 00:05:16 : les cinq euros du parking et le cliché de l’argent
- 00:08:48 : des enfants politisés dès dix ans
- 00:11:53 : ce que les religions ont en commun
- 00:13:36 : comment il a vécu le 7 octobre
- 00:16:20 : le discours de paix à Notre-Dame de la Garde et la visite du Camp des Milles
- 00:19:18 : une colère qui lui sert de leçon
- 00:23:16 : le discours à la synagogue et les amis perdus
- 00:24:09 : les t-shirts « Free Palestine » et les drapeaux au stade
- 00:29:36 : les réseaux sociaux et les images de guerre
- 00:36:18 : une enfance compliquée et l’école rabbinique
- 00:37:37 : arrivé à 24 ans dans un quartier populaire
- 00:39:58 : la journée type d’un rabbin
- 00:42:42 : savoir orienter vers des professionnels
- 00:44:58 : ne pas imposer la pratique
- 00:47:12 : pas de plan de carrière et un travail à côté
- 00:48:43 : des jeans à la boutargue
- 00:51:13 : la reconnaissance venue des médias et le rêve d’un plateau avec des imams
FAQ
Qui est Haïm Bendao ?
Haïm Bendao est un rabbin installé à Marseille depuis plus de trente ans, qui exerce dans les quartiers Nord, notamment dans le 14e arrondissement. Formé à l’école rabbinique, il intervient dans des écoles avec un prêtre et un imam pour parler de dialogue entre religions. Père de sept enfants, il produit et vend aussi de la boutargue.
Que fait Haïm Bendao dans les écoles ?
Il intervient dans des écoles privées, toujours avec un imam et un prêtre, ce qui selon lui marque déjà les élèves. Il répond à leurs questions, parfois nourries de clichés, et leur explique les points communs entre judaïsme et islam, comme les ablutions. Il précise qu’il ne peut pas intervenir dans les écoles publiques, au nom de la laïcité.
Pourquoi un rabbin de Marseille vend-il de la boutargue ?
Haïm Bendao explique que les communautés des quartiers Nord ne peuvent pas offrir de gros salaires à leur rabbin, et qu’il assure gratuitement bar-mitsva et enterrements. Il travaille donc à côté : après avoir vendu des jeans, il s’est lancé dans la boutargue sur une idée de sa femme, originaire de Zarzis, en Tunisie.
Comment Haïm Bendao a-t-il réagi au 7 octobre ?
Il dit avoir ressenti une grande douleur, en se disant très attaché à Israël, et avoir aussi été touché par la mort d’enfants palestiniens. Peu après, il a participé à un discours de paix à Notre-Dame de la Garde avec un imam et un prêtre, et a demandé à ses fidèles de ne pas installer la haine dans le cœur de leurs enfants.
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