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Conversation intime avec Jean-François Sivadier [12-10-26]

avec Jean-François Sivadier

Jean-François Sivadier, metteur en scène d'Ivanov en rencontre publique au Théâtre National de Nice

Jean-François Sivadier, comédien, auteur et metteur en scène de théâtre et d'opéra, est l'invité de Conversation intime, la rencontre publique du Théâtre National de Nice, quelques jours avant d'y présenter Ivanov de Tchekhov. Du Mans à l'école du TNS, de sa rencontre avec Didier-Georges Gabily à la Traviata, il raconte sa manière de travailler avec les acteurs, son refus du mot « formation » et son attachement au théâtre public. Sur scène, il dirige deux jeunes comédiens de la troupe du TNN dans une scène de Tchekhov.

Du Mans au TNS, la rencontre qui change tout

Comédien, auteur et metteur en scène, Jean-François Sivadier est l’invité de Conversation intime, rencontre publique enregistrée sur la scène du Théâtre National de Nice, quelques jours avant les représentations de sa mise en scène d’Ivanov de Tchekhov. L’introduction rappelle qu’il a reçu en 2022 le Grand Prix du théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, et qu’il a mis en scène au Festival d’Avignon La Vie de Galilée, Le Roi Lear et Partage de midi, ainsi que des opéras comme Madame Butterfly, Don Giovanni, Carmen ou Les Noces de Figaro. Il raconte avoir grandi au Mans, dans une famille qui n’était pas du métier, et y avoir été engagé assez vite dans une troupe professionnelle où il a travaillé trois ans. Il dit ne pas savoir d’où vient son désir de jouer, qu’il compare au jeu des enfants dans la cour de récréation. À l’école du Théâtre National de Strasbourg, du temps de Jacques Lassalle, l’enseignement l’a déçu ; ce qui l’a tenu, c’est de vivre dans un théâtre toute la journée et de voir tous les spectacles. La rencontre décisive est celle de Didier-Georges Gabily, auteur et metteur en scène, qui lui a, dit-il, « un peu tout appris » : quelqu’un qui « regardait vraiment la personne ».

Il explique détester l’expression « formation de l’acteur » : selon lui, un acteur met très longtemps à le devenir, il n’existe « que des rencontres », et l’on reste en apprentissage toute sa vie. Il écrit lui-même depuis l’adolescence, toujours pour des comédiens précis, et prépare un texte sur la mythologie grecque pour les élèves du Conservatoire de Paris.

Jouer à quelque chose plutôt que représenter

Deux jeunes comédiens de la troupe du TNN jouent devant le public la scène de La Demande en mariage de Tchekhov, puis Jean-François Sivadier les dirige en direct. Il leur demande d’être « totalement dans l’instant » et de ne pas représenter une situation mais de « jouer à quelque chose » : le prétendant, mort de trac face au public, ne peut ni regarder ni toucher la jeune femme, qui devient presque metteur en scène de son partenaire. Selon lui, tout acteur sur scène est partagé « entre la peur et le plaisir », et la contrainte amène la liberté. Il décrit ce qui le touche chez un acteur : la générosité, la capacité à trouver son clown, c’est-à-dire à rire de soi avec « un nez rouge dans la tête », et une violence qui reste ludique, jamais psychologique. Pour lui, les comédiens ne sont pas de la pâte à modeler : diriger, c’est un accompagnement mutuel, et le metteur en scène n’est « pas forcément celui qui sait ». Il assure ne plus avoir haussé le ton contre un acteur depuis 1998.

Plus tard, il se prête lui-même à un exercice proposé par l’animatrice : lire une recette de tomate mozzarella sur un ton docte, puis solaire, puis comme un polar.

Fraternité, générosité, étonnement

Il a choisi trois mots pour la soirée. La fraternité d’abord : il estime difficile de faire un bon spectacle de théâtre sans communauté d’esprit, alors qu’à l’opéra le chant reste un exercice solitaire. Il raconte pourtant que les chanteurs sont aujourd’hui de très grands comédiens, cite Natalie Dessay, avec qui il a monté la Traviata, et Ludovic Tézier, qui craignait de travailler avec un metteur en scène venu du théâtre. Il évoque aussi un conflit avec un chef d’orchestre au Staatsoper de Vienne, qui refusait toute mise en scène pendant l’ouverture de la Traviata. Il se dit attaché au théâtre public par « un choix presque idéologique » : il a refusé récemment une mise en scène dans le théâtre privé et dit avoir « un problème » avec les spectacles financés par l’argent public puis repris dans le privé à des prix élevés. La générosité ensuite, envers le public : il a remarqué qu’il commence toujours ses spectacles au bord du plateau, comme pour aller chercher les spectateurs qui sortent de leur journée. L’étonnement enfin, qu’il rapproche de la distanciation de Brecht, qui consistait selon lui à « rendre les choses étranges ». Reprenant une idée d’Ariane Mnouchkine, il dit que le public a dix ans quand il entre dans une salle.

Il confie avoir pleuré de bonheur en répétition d’opéra, ce qui ne lui est jamais arrivé au théâtre, et parle de l’émotion de voir un orchestre travailler. Une chanson de Barbara le ramène à l’enfance, qu’il relie à « l’état d’enfance du plateau ».

Ivanov, une comédie de gens qui ratent leur vie

Ivanov n’est pas sa pièce préférée de Tchekhov, reconnaît-il, mais il la présente comme une révolution : écrite en dix jours par un auteur de 27 ans, d’abord comédie tombée à Moscou, puis réécrite avec plus de pathos et applaudie à Saint-Pétersbourg. Tchekhov, dit-il, voulait écrire la vie telle qu’il la voyait avec ses yeux de médecin : un homme ni bon ni mauvais, « complexe et totalement indéchiffrable ». Plutôt que de jouer la dépression, il a cherché avec Nicolas Bouchaud, qui tient le rôle-titre, un trouble de la personnalité : Ivanov ne sait plus s’il est l’acteur, le personnage ou Tchekhov lui-même. Il explique aussi qu’un spectacle mûrit au fil des représentations. Interrogé par le public, il cite Les Trois Sœurs comme sa pièce préférée de Tchekhov, se dit « wagnérien dans l’âme » et évoque Don Carlos de Verdi et Eugène Onéguine de Tchaïkovski. Il raconte avoir tiré Sentinelles du schéma du roman Le Naufragé de Thomas Bernhard, où trois pianistes virtuoses côtoient Glenn Gould, pour inventer l’histoire de trois amis pianistes dont l’équilibre bascule.

Il lit sur scène la fin d’un texte de Didier-Georges Gabily, « L’art est tout », qu’il fait dire à la fin de Sentinelles, et conclut que tout acte créateur est « un acte vers la joie », même quand ce qu’on représente est sombre.

Les références de l’épisode

  • Théâtre National de Nice : centre dramatique national dirigé par Muriel Mayette-Holtz, qui accueille la rencontre et le spectacle Ivanov.
  • Ivanov : pièce de Tchekhov mise en scène par Jean-François Sivadier, présentée au TNN dans les jours qui suivent.
  • La Demande en mariage : pièce en un acte de Tchekhov jouée par deux jeunes comédiens de la troupe du TNN.
  • Italienne scène et orchestre : l’un de ses premiers spectacles, une fausse répétition de la Traviata.
  • Sentinelles : sa pièce sur trois amis pianistes, inspirée par Le Naufragé de Thomas Bernhard.
  • Didier-Georges Gabily : auteur et metteur en scène qu’il présente comme la rencontre décisive de ses débuts, auteur du texte « L’art est tout ».
  • Théâtre National de Strasbourg : l’école où il a étudié, du temps de Jacques Lassalle.
  • Natalie Dessay : soprano avec qui il a monté la Traviata.
  • Ludovic Tézier : baryton avec qui il a travaillé à l’opéra.
  • Nicolas Bouchaud : comédien qui joue Ivanov dans sa mise en scène.
  • Grand Prix du théâtre de l’Académie française : reçu en 2022 pour l’ensemble de son œuvre.
  • Les Revenants et Jeux d’influence : séries de Canal+ et d’Arte dans lesquelles il a joué.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:10 : présentation de Jean-François Sivadier, comédien, auteur et metteur en scène
  • 00:03:45 : arrivée sur scène et annonce d’Ivanov au TNN
  • 00:05:42 : ses débuts au Mans dans une troupe professionnelle
  • 00:07:58 : l’école du Théâtre National de Strasbourg
  • 00:09:25 : la rencontre avec Didier-Georges Gabily
  • 00:10:11 : pourquoi il n’aime pas l’idée de formation de l’acteur
  • 00:12:02 : sa première pièce, écrite vers 20 ans
  • 00:15:07 : un texte en cours sur les Grecs pour le Conservatoire de Paris
  • 00:16:08 : les comédiens ne sont pas de la pâte à modeler
  • 00:19:00 : deux jeunes comédiens du TNN jouent La Demande en mariage
  • 00:25:50 : être dans l’instant plutôt que représenter
  • 00:27:59 : l’exercice du trac et la scène rejouée
  • 00:41:03 : la contrainte amène la liberté
  • 00:42:04 : ce qui le touche chez un acteur, le clown et la violence ludique
  • 00:44:35 : le premier mot, fraternité
  • 00:45:30 : les chanteurs d’opéra, Natalie Dessay et Ludovic Tézier
  • 00:47:30 : un conflit avec un chef d’orchestre à Vienne
  • 00:50:42 : théâtre public et théâtre privé
  • 00:55:22 : le deuxième mot, générosité envers le public
  • 00:57:30 : l’étonnement et la distanciation brechtienne
  • 01:00:29 : la musique et Italienne scène et orchestre
  • 01:03:51 : une chanson de Barbara et l’enfance
  • 01:07:33 : pourquoi monter Ivanov, la révolution de Tchekhov
  • 01:10:46 : la recette de tomate mozzarella lue sur plusieurs tons
  • 01:15:27 : les séries et les rôles de méchant
  • 01:18:16 : la lecture de « L’art est tout » de Didier-Georges Gabily
  • 01:20:05 : les questions du public
  • 01:22:38 : retour sur le mot formation
  • 01:26:35 : ce que Didier-Georges Gabily lui a apporté
  • 01:28:53 : les captations de théâtre et d’opéra
  • 01:30:42 : ses pièces et opéras préférés
  • 01:33:58 : Ivanov et le trouble de la personnalité
  • 01:35:22 : Sentinelles et Le Naufragé de Thomas Bernhard
  • 01:37:31 : tout acte créateur est un acte vers la joie

FAQ

Qui est Jean-François Sivadier ?

Jean-François Sivadier est comédien, auteur et metteur en scène de théâtre et d’opéra. Formé à l’école du Théâtre National de Strasbourg, il a reçu en 2022 le Grand Prix du théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. Il a mis en scène des classiques au Festival d’Avignon et des opéras comme la Traviata ou Don Giovanni.

Qu’est-ce que Conversation intime au Théâtre National de Nice ?

Conversation intime est une rencontre publique organisée sur la scène du Théâtre National de Nice avec un artiste invité. Le public y entend un long entretien, assiste à des exercices joués par de jeunes comédiens de la troupe du TNN, puis pose ses questions. Jean-François Sivadier en est l’invité avant de présenter Ivanov.

Comment Jean-François Sivadier dirige-t-il les acteurs ?

Il part toujours du jeu et dit qu’il ne saurait pas être metteur en scène s’il n’était pas comédien. Il demande aux acteurs de ne pas représenter une situation mais de « jouer à quelque chose », d’être dans l’instant, entre la peur et le plaisir. Il cherche des comédiens qui lui désobéissent et l’emmènent là où il ne pensait pas aller.

Comment Jean-François Sivadier a-t-il abordé Ivanov de Tchekhov ?

Plutôt que de faire jouer la tristesse d’un personnage dépressif, il a imaginé avec Nicolas Bouchaud un trouble de la personnalité : Ivanov ne sait plus s’il est l’acteur, le personnage ou Tchekhov lui-même. Il voit dans la pièce, écrite par Tchekhov à 27 ans, des comédies de gens qui passent leur temps à rater leur vie.

Pourquoi Jean-François Sivadier préfère-t-il le théâtre public ?

Il parle d’un choix presque idéologique et dit avoir refusé récemment une mise en scène dans le théâtre privé. Il explique avoir un problème avec les spectacles créés avec de l’argent public puis repris dans le privé à des prix élevés, que beaucoup de gens ne peuvent pas payer. Il précise ne pas juger le public de ces salles.

TNN - Théâtre National de Nice

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Nice et la Côte d'Azur

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