
Adrien Aït Addi préside Le Mirabeau, le cercle de débat d'Aix-Marseille Université qu'il a cofondé. Invité de Code'Cast, le podcast de la Faculté de droit et de science politique, il revient sur les tensions qui ont entouré la venue de certains intervenants dans les universités. Il distingue le débat de l'éloquence, rappelle les obligations juridiques qui encadrent la parole à l'université et décrit une époque partagée entre le refus de la contradiction et le goût du clash. Sa conviction : on peut encore débattre, à condition de cultiver le désaccord courtois.
Débattre à l’université, « un lieu de civilisation du conflit »
Dans Code’Cast, le podcast de la Faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille Université, Adrien Aït Addi, président et fondateur du club Le Mirabeau, le cercle de débat de l’université, s’interroge sur la place du débat dans l’enseignement supérieur. Le point de départ : des manifestations militantes, parfois accompagnées de débordements, lors de la venue de médias ou d’intervenants dans plusieurs universités, à Caen comme à Aix-Marseille en novembre. Adrien Aït Addi commence par distinguer le débat des autres formes de prise de parole universitaire : l’éloquence vise la persuasion, les simulations (procès fictifs, simulations parlementaires) la pédagogie par la mise en scène, les conférences la démonstration sans contradicteur. Le débat, lui, consiste selon lui à « éprouver des idées selon des règles logiques, grâce aux contradictoires », sans prétendre produire de vérité : « ce n’est pas un ministère de la vérité ». Il décrit ensuite les contraintes réelles qui pèsent sur l’organisation des débats. Juridiquement, l’université n’est pas un espace de parole comme un autre : mission de service public, elle doit respecter la neutralité, l’égalité de traitement et l’ordre public, au risque de voir sa responsabilité engagée. Certains sujets sont très clivés dans la société et le sont donc aussi à l’université. Il évoque enfin ce qu’il appelle une « société de la sensibilité », partagée entre le refus de toute contrariété et la mise en scène permanente du clash amplifiée par les réseaux sociaux.
Sa réponse tient en deux piliers : le cadre légal et une culture du débat faite de règles logiques et de courtoisie, héritée selon lui de la tradition française des salons. « Désaccord courtois ne veut pas dire safe place », insiste-t-il, avant d’inviter étudiants et universitaires à ne pas hésiter à débattre.
Adrien Aït Addi nous recommande…
La correspondance de Flaubert : ses échanges avec des critiques littéraires, que l’invité conseille de lire pour mesurer comment la culture française du débat permet des désaccords musclés sans renoncer à la courtoisie.
Les références de l’épisode
- Club Le Mirabeau : cercle de débat d’Aix-Marseille Université, cofondé et présidé par Adrien Aït Addi.
- Faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille Université : elle produit le podcast Code’Cast.
- La disputatio : exercice médiéval d’argumentation contradictoire, cité comme ancêtre du débat universitaire.
- Gustave Flaubert : sa correspondance avec des critiques littéraires est donnée en exemple de désaccord courtois.
Au fil de l’épisode
- 00:00:23 : les tensions récentes autour de débats à l’université, à Caen et à Aix-Marseille
- 00:01:15 : présentation d’Adrien Aït Addi et du club Le Mirabeau
- 00:01:39 : débat, éloquence, simulations et conférences : ce qui les distingue
- 00:03:10 : une définition du débat, qui ne produit pas de vérité absolue
- 00:04:19 : pourquoi l’invité a cofondé un cercle de débat
- 00:05:20 : un débat universitaire vivant, mais un cadre devenu plus fragile
- 00:06:52 : les obligations juridiques de l’université, service public
- 00:07:56 : les sujets clivés et la « société de la sensibilité »
- 00:10:16 : les deux piliers pour continuer à débattre : cadre légal et culture du débat
- 00:11:46 : un message aux étudiants et aux universitaires qui hésitent à débattre
FAQ
Qu’est-ce que le club Le Mirabeau ?
Le club Le Mirabeau est le cercle de débat d’Aix-Marseille Université, fondé et présidé par Adrien Aït Addi. C’est un projet collectif, soutenu par des professeurs et des doctorants, qui veut créer un environnement de débat exigeant et structuré, où l’on s’oppose intellectuellement sans conflit, et favoriser les échanges entre universitaires et étudiants.
Quelle différence entre un débat et un concours d’éloquence ?
Selon Adrien Aït Addi, l’éloquence vise avant tout la persuasion et le travail de la forme. Le débat, lui, consiste à éprouver des idées selon des règles logiques, par la contradiction, afin d’écarter les plus fragiles. Il ne cherche ni la persuasion immédiate ni la pédagogie, et ne produit pas de vérité absolue.
Pourquoi l’université n’est-elle pas un espace de parole comme un autre ?
Parce que l’enseignement supérieur public est une mission de service public, explique l’invité. L’université doit respecter des obligations lourdes : neutralité religieuse et politique, égalité de traitement, respect de l’ordre public. Si un débat ne respecte pas ces règles, elle prend le risque de voir sa responsabilité engagée, ce qui encadre la liberté d’expression en son sein.
Peut-on encore débattre à l’université aujourd’hui ?
Oui, répond Adrien Aït Addi, et même plus que jamais, à condition de s’appuyer sur deux piliers : le cadre légal et une culture du débat. Celle-ci repose sur des règles d’argumentation et sur la courtoisie, qui rend selon lui le contradictoire possible, à l’opposé de la mise en scène brutale du désaccord sur les réseaux sociaux.
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