
Florent Audibert, directeur du Domaine de La Courtade à Porquerolles depuis 2015, raconte à Ingrid Blanchard comment ce fils de paysans de Bandol a repris un domaine insulaire en pleine transformation. Dans cette première partie, il revient sur son enfance entre vignes et fleurs, sa formation d'agronome et d'œnologue, son arrivée sur un chantier sans groupe froid, l'héritage d'Henri Vidal et de Michel Couturier, puis sur ce qui fait le terroir de l'île : schistes, mer, fraîcheur et biodynamie.
Un fils de paysans à Porquerolles
Dans ce premier épisode d’un entretien en deux parties, Ingrid Blanchard reçoit dans Fragîle Porquerolles Florent Audibert, à la tête du Domaine de La Courtade depuis 2015. Il raconte une enfance à Bandol entre les vignes et les fleurs de ses grands-parents maternels, horticulteurs et vignerons, et le Château de Pibarnon, dont son père a dirigé les vignes pendant plus de quarante ans. De son grand-père, il dit tenir le sens de la terre et un pragmatisme paysan ; de son père, la rigueur ; de sa mère, éducatrice spécialisée, le goût des autres. Poussé par ses parents à s’ouvrir l’esprit, il passe par une classe préparatoire, une école d’agronomie à Clermont-Ferrand puis l’École Nationale Supérieure d’Agronomie de Montpellier et le Diplôme National d’Œnologue, avant la recherche et développement chez Moët & Chandon et à l’Institut Français de la Vigne et du Vin. Revenu en Provence, il dirige deux domaines à La Londe et à Pierrefeu. L’île, il la connaissait depuis l’enfance grâce à des amis de la famille, vignerons à Porquerolles, et il raconte qu’étudiant, il avait déjà récupéré au port de la Tour Fondue cinquante bouteilles vides offertes par La Courtade pour sa première micro-vinification.
« Le vin, c’est une histoire de lieu et c’est une histoire de conviction », résume-t-il.
Reprendre un domaine en chantier
En 2015, la famille Carmignac vient de racheter le domaine fondé en 1983 par Henri Vidal, que l’animatrice présente comme architecte et ingénieur, inventeur de la terre armée, qui avait défriché et replanté la plaine. Florent Audibert arrive en pleins travaux de la future fondation d’art contemporain, au lendemain d’un épisode de grêle, sans groupe froid pour la première vendange : une « vinification camping » qu’il prend comme un défi. Il obtient de Michel Couturier, chef de culture historique sur le départ, qu’il reste une vendange, puis un hiver, puis une saison : celui-ci restera jusqu’à sa retraite en 2020 et lui transmettra les clés du lieu et le recul. Florent Audibert explique pourquoi les travaux du domaine ont suivi ceux de la fondation, et comment dix ans de vinification dans un outil provisoire ont permis d’affiner les besoins. Il tient à conserver la réception de la vendange par gravité, sans pompe, qui selon lui préserve la qualité des jus. Il décrit une équipe de sept à huit permanents aux missions transversales, et la mise en bouteille désormais faite sur le continent, dans un site reconnu par l’interprofession et les douanes comme partie de l’exploitation.
Il reprend à son compte une devise entendue sur l’île : « faire bien avec rien, faire mieux avec peu ».
Schistes, mer et biodynamie
La dernière partie de l’épisode porte sur le terroir. Les 38 hectares du domaine forment un seul bloc dans la plaine de La Courtade, sur de très vieux schistes métamorphiques décomposés en limon et en quartz, qui laissent les racines descendre profondément et rendent la vigne moins dépendante de la pluie : Florent Audibert dit même préférer les années sèches. La mer joue selon lui un rôle de volant thermique, sans pic de chaleur ni de froid, ce qui maintient l’acidité et la fraîcheur recherchées dans les rosés et les blancs. Le domaine est en agriculture biologique depuis 1997 et pratique la biodynamie depuis 2015, sans certification : il utilise des décoctions de prêle pour stimuler les défenses de la vigne, mais garde des levures sélectionnées en cave tant que l’outil ne permet pas de s’en passer, après des essais de pieds de cuve.
« Le bio, c’est un cahier des charges qui t’interdit des choses. La biodynamie, ça t’apporte des outils », explique-t-il. La suite de l’entretien fait l’objet d’un second épisode.
Pour aller plus loin
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Les références de l’épisode
- Domaine de La Courtade : domaine viticole de Porquerolles créé en 1983, dirigé par Florent Audibert depuis 2015.
- Château de Pibarnon : domaine de Bandol dont le père de Florent Audibert a dirigé les vignes.
- Henri Vidal : fondateur du Domaine de La Courtade.
- Michel Couturier : chef de culture historique du domaine, parti à la retraite en 2020.
- Edouard Carmignac : repreneur du domaine et de la maison d’Henri Vidal, devenue une fondation d’art contemporain.
- François-Joseph Fournier : propriétaire de l’île à partir de 1912, qui y fit planter de la vigne comme pare-feu.
- Moët & Chandon et Institut Français de la Vigne et du Vin : premières expériences en recherche et développement.
Au fil de l’épisode
- 00:01:41 : une enfance à Bandol entre vignes et fleurs
- 00:03:20 : un père à la tête des vignes du Château de Pibarnon
- 00:05:11 : une mère éducatrice spécialisée
- 00:06:19 : classe préparatoire, agronomie et œnologie
- 00:07:43 : recherche et développement en Champagne et à l’Institut Français de la Vigne et du Vin
- 00:08:52 : retour en Provence, La Londe et Pierrefeu
- 00:12:49 : l’arrivée à La Courtade en 2015
- 00:14:04 : Michel Couturier, la grêle et la vinification sans groupe froid
- 00:18:38 : ses liens d’enfance avec Porquerolles
- 00:21:47 : cinquante bouteilles vides envoyées par La Courtade
- 00:26:33 : Henri Vidal et l’histoire de la vigne sur l’île
- 00:32:05 : la reprise par Edouard Carmignac et la fondation
- 00:37:07 : la réception de la vendange par gravité
- 00:41:29 : une équipe de huit personnes
- 00:45:33 : la mise en bouteille sur le continent
- 00:50:39 : schistes, mer et fraîcheur des vins
- 00:53:39 : 38 hectares en bio depuis 1997
- 00:55:03 : la biodynamie et les levures
FAQ
Qui est Florent Audibert ?
Florent Audibert dirige le Domaine de La Courtade, à Porquerolles, depuis 2015. Fils et petit-fils de vignerons, il a grandi à Bandol, s’est formé à l’École Nationale Supérieure d’Agronomie de Montpellier et a obtenu le Diplôme National d’Œnologue, avant de travailler en recherche et développement puis de diriger deux domaines à La Londe et à Pierrefeu.
Qu’est-ce qui fait la particularité du terroir de La Courtade ?
Selon Florent Audibert, deux éléments : un sol de très vieux schistes décomposés qui permet aux racines de descendre profondément et rend la vigne moins dépendante de la pluie, et la mer, qui évite les pics de chaleur et de froid. Cette situation préserve l’acidité des raisins et la fraîcheur des rosés et des blancs du domaine.
Le Domaine de La Courtade est-il en bio et en biodynamie ?
Oui. Le domaine est en agriculture biologique depuis 1997 et pratique la biodynamie depuis 2015, sans être certifié. Florent Audibert explique qu’il utilise par exemple des décoctions de prêle, mais garde pour l’instant des levures sélectionnées en cave, faute d’un outil assez performant pour s’en passer sans risquer le style des vins.
Pourquoi les vins de La Courtade sont-ils mis en bouteille sur le continent ?
À son arrivée, l’ancienne salle de conditionnement avait disparu avec les travaux. Plutôt que de sous-traiter à une grande entreprise peu adaptée à ses petits volumes, Florent Audibert a installé sa propre chaîne de mise sur le continent, reconnue par l’interprofession et les douanes comme partie de l’exploitation. Les vins restent vinifiés et élevés sur l’île.
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