
Gaël Mariani, docteur du laboratoire de biologie marine Marbec, a mesuré comment la pêche et le réchauffement climatique vident l'océan de ses poissons et réduisent sa capacité à stocker le carbone. Depuis 1950, la séquestration par les espèces commerciales aurait baissé de près de moitié. Dans A l'UM la science, il détaille ses projections pour 2100 et plaide pour la protection de la haute mer. Le reportage visite ensuite l'unité de formation en aquaponie de la station marine de Sète, où poissons et basilic grandissent dans le même circuit.
Moins de poissons, moins de carbone stocké
Dans A l’UM la science, l’émission de l’Université de Montpellier et de la radio Divergence, Gaël Mariani, qui vient de terminer sa thèse au laboratoire de biologie marine Marbec, explique comment le réchauffement climatique et la pêche réduisent la capacité de l’océan à stocker le carbone. Il rappelle que l’océan absorbe environ un tiers des quelque 44 milliards de tonnes de CO2 émises chaque année par les activités humaines, et que les poissons y contribuent de deux façons : leurs pelotes fécales et leurs carcasses coulent vers les profondeurs, où le carbone reste piégé pendant des siècles. Ses travaux montrent que, depuis 1950, la pêche a fait baisser d’environ 65 % la biomasse des espèces d’intérêt commercial, et de près de 50 % leur contribution à la séquestration du carbone ; l’écart s’explique, selon lui, parce que la pêche retire les plus gros poissons, moins efficaces que les petits pour stocker le carbone. À l’aide du modèle BOATS et d’un modèle inverse de circulation océanique, il projette deux scénarios à l’horizon 2100 : avec un réchauffement limité à 1,5 degré, la biomasse de ces espèces baisserait d’environ 9 % et leur séquestration de 4,5 % ; dans un scénario de statu quo à plus de 4,3 degrés, la biomasse chuterait d’environ 25 % et la séquestration de 14 %, une boucle de rétroaction où moins de poissons accélère le réchauffement.
Restaurer les stocks ne suffira pas à compenser les émissions, prévient-il : les espèces commerciales piègent au mieux 0,23 milliard de tonnes de CO2 par an. Il plaide plutôt pour protéger la haute mer, où la pêche est selon lui subventionnée, peu rentable et marginale pour la sécurité alimentaire mondiale.
Poissons et basilic à la station marine de Sète
Le reportage conduit à la station méditerranéenne de l’environnement littoral, la Smel, à Sète, dans l’unité de formation en aquaponie inaugurée en juillet. Gérard Sposito, chargé de mission au service de formation continue du pôle aquaculture, explique le principe : les poissons, élevés en circuit fermé, rejettent de l’azote et du phosphore qui, transformés par des bactéries en nitrates, servent d’engrais à des plantes cultivées hors sol. Six bassins accueillent des perches, des sandres et un tilapia d’Afrique de l’Ouest capable de vivre en eau douce comme en eau très salée, que la station cherche à développer pour des zones inutilisables par d’autres élevages. Côté végétal, basilic, blettes, persil et sauge poussent sur des radeaux ou dans des gouttières. Selon lui, ce système consomme 300 à 400 fois moins d’eau qu’un élevage en circuit ouvert, et il cite la Ferme intégrale, dans la Drôme, parmi les entreprises qui commencent à coupler les deux productions.
En fin d’émission, une association de retraités de l’Université de Montpellier présente une conférence sur Auguste Comte, né à Montpellier, prévue le 21 janvier sur le campus Saint-Priest.
Pour aller plus loin
- Laboratoire Marbec
- La station marine (Smel)
- A l’UM la science sur Divergence FM
- Tous les épisodes d’A l’UM la science
Les références de l’épisode
- Marbec : laboratoire de biologie marine où Gaël Mariani a mené sa thèse.
- Smel : station méditerranéenne de l’environnement littoral, à Sète, qui abrite l’unité de formation en aquaponie.
- GIEC : ses préconisations incluent les solutions climatiques fondées sur la nature, comme la protection des puits de carbone.
- Accords de Paris : cadre du scénario d’un réchauffement limité à 1,5 degré.
- Modèle BOATS : modèle utilisé pour estimer la quantité de poissons d’intérêt commercial dans l’océan.
- Ferme intégrale : entreprise de la Drôme qui couple élevage de sandres et production hydroponique.
- Auguste Comte : philosophe né à Montpellier, sujet d’une conférence présentée en fin d’émission.
Au fil de l’épisode
- 00:00:34 : l’océan, puits de carbone menacé
- 00:01:27 : présentation de Gaël Mariani, docteur du laboratoire Marbec
- 00:03:06 : qu’est-ce qu’un puits de carbone
- 00:04:31 : du phytoplancton aux poissons, la chaîne du carbone
- 00:05:26 : pelotes fécales et carcasses, les deux voies de séquestration
- 00:06:18 : l’effet du réchauffement climatique sur la biomasse des poissons
- 00:07:10 : l’impact de la pêche sur les espèces commerciales
- 00:08:09 : le modèle BOATS et la circulation océanique
- 00:09:56 : deux scénarios à l’horizon 2100
- 00:11:26 : la boucle de rétroaction entre climat et poissons
- 00:12:21 : depuis 1950, 65 % de biomasse en moins et près de 50 % de séquestration en moins
- 00:13:14 : les écosystèmes abyssaux privés de carcasses
- 00:14:05 : restaurer les stocks suffirait-il
- 00:16:21 : la haute mer, zone de conflit entre pêche et carbone
- 00:18:31 : reportage dans l’unité de formation en aquaponie de la Smel
- 00:19:49 : perches, sandres et tilapia
- 00:24:33 : économies d’eau et culture hors sol
- 00:26:43 : les entreprises qui se lancent dans l’aquaponie
- 00:27:27 : une conférence sur Auguste Comte
FAQ
Comment les poissons stockent-ils du carbone dans l’océan ?
Selon Gaël Mariani, les poissons accumulent le carbone transmis par la chaîne alimentaire, du phytoplancton au zooplancton. Ils le renvoient vers les profondeurs par deux voies : leurs pelotes fécales, qui coulent, et leurs carcasses quand ils meurent de mort naturelle. Ce carbone reste alors piégé pendant plusieurs centaines d’années.
Quel est l’impact de la pêche sur le stockage du carbone océanique ?
D’après les travaux de Gaël Mariani au laboratoire Marbec, la pêche a réduit depuis 1950 d’environ 65 % la biomasse des espèces d’intérêt commercial et de près de 50 % leur contribution à la séquestration du carbone. Les espèces ciblées piègent aujourd’hui environ 0,23 milliard de tonnes de CO2 par an.
Pourquoi protéger la haute mer plutôt que les côtes ?
Gaël Mariani explique que c’est en haute mer que se recoupent une pêche intense et une forte séquestration du carbone par les poissons. Or cette pêche, selon lui, n’est viable que grâce aux subventions et contribue très peu à la sécurité alimentaire mondiale, ce qui en fait une protection bénéfique pour la biodiversité comme pour le climat.
Qu’est-ce que l’aquaponie enseignée à la Smel de Sète ?
L’aquaponie couple un élevage de poissons en circuit fermé et une culture de plantes hors sol. Gérard Sposito explique que les rejets azotés des perches, sandres et tilapias sont transformés en nitrates par des bactéries, puis servent d’engrais au basilic, aux blettes ou au persil, avec une forte économie d’eau.
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