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A l'UM la science29 juin 202628 min

#130 : IAG : vers une science sans conscience ?

Trois enseignants-chercheurs de l'Université de Montpellier refusent l'IA générative

A l'UM la science, l'émission de l'Université de Montpellier diffusée sur Divergence FM, reçoit pour sa dernière de la saison trois enseignants-chercheurs, en informatique, en mathématiques et en management, signataires du manifeste Face à l'IA générative, l'objection de conscience. Lancé par des membres de l'Atécopol en décembre 2025, ce texte a réuni 3 200 signatures en six mois. Les invités détaillent leurs raisons : empreinte écologique, travailleurs invisibles, risques pour la démocratie, et ce que l'IA change déjà à l'université.

Une objection écologique et humaine

Dans ce dernier numéro de la saison d’A l’UM la science, l’émission de l’Université de Montpellier sur Divergence FM, trois enseignants-chercheurs montpelliérains, une informaticienne de l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier, un mathématicien et une enseignante-chercheuse en management, expliquent pourquoi ils ont signé le manifeste Face à l’IA générative, l’objection de conscience. Publié en décembre 2025 par des membres de l’Atécopol, l’atelier d’écologie politique de Toulouse, ce texte juge le déploiement de l’IA générative dans l’enseignement supérieur et la recherche « incompatible avec les valeurs de rationalité et d’humanisme » de ces institutions ; il avait recueilli 3 200 signatures six mois plus tard. Les invités précisent qu’ils ne sont pas spécialistes de l’intelligence artificielle et que leur engagement est aussi citoyen. Le mathématicien rappelle que Google et Microsoft visaient la neutralité carbone en 2030 et que leurs émissions sont reparties à la hausse avec l’essor de l’IA, au point que ces plans ont été abandonnés selon lui. L’informaticienne évoque une part du numérique de 2 à 4 % des émissions mondiales, chiffre qu’elle juge peu précis, et l’enseignante en management insiste sur l’extraction des ressources. Ils contestent l’argument d’une IA française propre grâce au nucléaire : ni les minerais ni le combustible ne sont produits en France. Ils décrivent la course aux puces GPU, l’exploitation des pays miniers, dont la République démocratique du Congo, et la précarité des travailleurs du clic qui entraînent les modèles.

Pour donner des ordres de grandeur, le mathématicien compare : une ampoule LED consomme environ 10 watts, un four 1 000 watts, un ascenseur 10 000 watts.

Ce que l’IA change à l’université

Le troisième argument du manifeste, un futur qualifié de dystopique, est devenu pour certains le plus important. L’informaticienne s’inquiète de voir ses étudiants « prendre des commandes de la machine » et s’isoler en parlant à une IA. Le mathématicien souligne que ces outils n’ont pas de notion de sens et cite un sondage selon lequel un jeune sur trois a utilisé une IA pour analyser les programmes des candidats aux élections municipales. À l’université, l’enseignante en management raconte des réunions pédagogiques dominées par l’IA, des étudiants qui disent n’avoir « rien appris » et demandent qu’on les empêche de l’utiliser, et un enseignement de sociologie remplacé par un cours sur l’IA dans son programme d’IUT. L’informaticienne, qui a demandé à ses étudiants de s’en passer, constate que la moitié gardent une IA ouverte en travaux pratiques et que certains paient des abonnements, ce qui creuse les inégalités. Comme chercheurs, ils renoncent à rédiger, traduire, évaluer des articles ou faire une revue de littérature avec l’IA, par goût de la lecture approfondie.

Le mathématicien prévient que l’encadrement des thèses devra privilégier des sujets qui demandent une vraie créativité, là où l’IA ne sait pas encore faire.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Face à l’IA générative, l’objection de conscience : manifeste publié en décembre 2025 par des membres de l’Atécopol.
  • Atécopol : atelier d’écologie politique né à Toulouse, qui compte aussi des membres à Montpellier.
  • Université de Montpellier : l’établissement où enseignent les trois invités.
  • Institut des sciences de l’évolution de Montpellier : laboratoire de l’informaticienne invitée.
  • Nvidia : fabricant de puces GPU présenté comme la première capitalisation boursière mondiale.
  • République démocratique du Congo : cité comme exemple de pays exploité pour ses minerais.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:33 : lecture du manifeste Face à l’IA générative, l’objection de conscience
  • 00:01:30 : le manifeste de l’Atécopol et ses 3 200 signataires
  • 00:01:56 : présentation des trois enseignants-chercheurs
  • 00:02:53 : comment le manifeste a circulé dans les laboratoires
  • 00:04:11 : l’empreinte énergétique de l’IA
  • 00:06:41 : la difficulté de chiffrer l’impact du numérique
  • 00:07:03 : l’argument du nucléaire et de l’IA souveraine
  • 00:08:15 : sensibiliser les utilisateurs, ordres de grandeur
  • 00:10:33 : entraînement et utilisation des modèles
  • 00:12:10 : puces GPU, minerais et inégalités Nord-Sud
  • 00:14:25 : travailleurs du clic et mineurs
  • 00:15:19 : un futur qualifié de dystopique
  • 00:17:29 : l’IA, le sens et la démocratie
  • 00:19:26 : l’IA réduit-elle les inégalités à l’université
  • 00:21:02 : partager son objection avec ses étudiants
  • 00:22:35 : ce que les chercheurs renoncent à faire avec l’IA
  • 00:23:55 : rester dans la course de la recherche
  • 00:25:14 : mathématiques, doctorants et créativité

FAQ

Qu’est-ce que le manifeste Face à l’IA générative, l’objection de conscience ?

C’est un texte publié en décembre 2025 par des membres de l’Atécopol, l’atelier d’écologie politique de Toulouse. Ses signataires, issus de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’Éducation nationale, refusent de prendre part au déploiement de l’IA générative dans leurs institutions. Il comptait 3 200 signatures six mois après sa publication.

Pourquoi des chercheurs de Montpellier refusent-ils l’IA générative ?

Les trois invités avancent les arguments du manifeste : l’empreinte écologique et l’extraction de minerais, l’exploitation des travailleurs qui entraînent les modèles ou travaillent dans les mines, et un futur qu’ils jugent dystopique, avec des risques pour la démocratie, le lien social et l’apprentissage des étudiants.

Comment l’IA générative change-t-elle l’enseignement à l’université ?

Selon les invités, elle occupe une grande partie des réunions pédagogiques, crée une inégalité entre étudiants déjà formés et étudiants qui s’en servent comme substitut, et pousse certains à payer des abonnements. Des étudiants disent n’avoir rien appris et demandent eux-mêmes qu’on leur interdise l’IA pendant les cours.

Quels usages de l’IA ces chercheurs s’interdisent-ils ?

Ils renoncent à faire rédiger, traduire ou résumer des textes par l’IA, à l’utiliser pour une revue de littérature, pour évaluer les articles de collègues ou pour monter des projets de recherche. L’enseignante en management explique ce choix par le plaisir de lire des articles en entier et de faire elle-même les liens.

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