Podcast Méditerranée.
A l'UM la science2 avril 202633 min

#124 : Quand le tardigrade partage ses super-pouvoirs

Le gène qui rend le tardigrade résistant, transféré à un ver par des chercheurs de Montpellier

Dans A l'UM la science, l'émission de l'Université de Montpellier sur Divergence FM, trois chercheurs montpelliérains racontent comment ils ont transféré à un ver de laboratoire un gène propre au tardigrade, cet animal minuscule réputé presque indestructible. Résistance aux rayons X, stress oxydatif, longévité, pistes pour la radiothérapie : ils détaillent leur étude. L'émission visite ensuite le laboratoire Qualisud, qui cherche à valoriser les peaux de mangue et de pamplemousse.

Le gène du tardigrade transféré à un ver

Dans A l’UM la science, l’émission de l’Université de Montpellier diffusée sur Divergence FM, Simon Galas et Myriam Richaud, chercheurs CNRS à l’Institut des biomolécules Max Mousseron (IBMM), et Aymeric Bailly, chercheur Inserm au Centre de recherche en biologie cellulaire de Montpellier (CRBM), présentent leur étude publiée dans Science Advances. Ils racontent le tardigrade, animal de 1 mm au plus, capable selon eux de résister aux rayons X, au froid extrême ou à la sécheresse. Myriam Richaud explique l’anhydrobiose : l’animal perd jusqu’à 95 % de son eau, se rétracte en « petit tonneau » et peut être réveillé des années plus tard par une goutte d’eau. L’équipe s’est intéressée au gène Dsup, « suppresseur de dommages », propre aux tardigrades, et l’a transféré à C. elegans, un nématode transparent très utilisé en laboratoire. Résultat, selon les chercheurs : une descendance environ 30 % plus résistante aux rayons X, une meilleure survie au stress oxydatif, une durée de vie prolongée et une respiration mitochondriale ralentie, sans effet secondaire observé.

Simon Galas évoque aussi une piste étudiée aux États-Unis : protéger les tissus sains lors de la radiothérapie d’un cancer. Aymeric Bailly rappelle que des milliers de protéines du tardigrade restent à étudier.

Valoriser les déchets de mangue et de pamplemousse

Le reportage de l’émission entre dans la plateforme de technologie alimentaire du laboratoire Qualisud, au CIRAD, une halle de 1 200 m² consacrée au génie des procédés alimentaires pour les régions tropicales et méditerranéennes. Caroline Oda, en master nutrition et sciences des aliments à l’Université de Montpellier, y présente un pilote de filtration-compression : les peaux de pamplemousse ou de mangue sont broyées, puis pressées par un piston à environ 15 bars pour en extraire un liquide riche en polyphénols, des composés bioactifs. Elle précise que la peau représente environ la moitié du déchet d’un pamplemousse et environ 15 % de celui d’une mangue. L’objectif, explique-t-elle, est de proposer aux industriels du jus une méthode simple et peu gourmande en énergie, sans solvant, pour valoriser ces déchets.

L’émission se termine avec Marianne Dupré Gabirot, responsable du service culture scientifique de l’Université, qui présente un Bar des sciences consacré aux microplastiques, « de l’océan à l’assiette ».

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Institut des biomolécules Max Mousseron (IBMM) : laboratoire de Simon Galas et Myriam Richaud, qui y tiennent un élevage de tardigrades.
  • Centre de recherche en biologie cellulaire de Montpellier (CRBM) : laboratoire d’Aymeric Bailly.
  • Science Advances : revue où l’équipe a publié son étude sur le gène Dsup chez C. elegans.
  • Laboratoire Qualisud : laboratoire du CIRAD dont la plateforme de technologie alimentaire accueille le reportage.
  • Bar des sciences : rencontres entre chercheurs et public organisées par l’Université de Montpellier à la brasserie Le Dôme.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:59 : présentation du tardigrade et de ses capacités de résistance
  • 00:01:47 : les invités, de l’IBMM et du CRBM, et leur publication
  • 00:02:47 : qui est le tardigrade, un animal de 1 mm présent tout autour de nous
  • 00:04:39 : l’anhydrobiose, l’état de « petit tonneau » et le réveil par l’eau
  • 00:05:56 : la réparation de l’ADN fragmenté pendant la déshydratation
  • 00:08:20 : le gène Dsup, propre aux tardigrades
  • 00:09:20 : les premiers résultats sur des cellules humaines
  • 00:10:12 : pourquoi le nématode C. elegans
  • 00:11:54 : du transfert du gène à la mesure de la résistance aux rayons X
  • 00:15:14 : la protection contre le stress oxydatif
  • 00:16:31 : stress oxydatif, vieillissement et durée de vie
  • 00:18:47 : une respiration mitochondriale ralentie
  • 00:20:58 : une piste pour la radiothérapie des cancers
  • 00:22:50 : des milliers de protéines du tardigrade encore à étudier
  • 00:23:16 : reportage sur la plateforme de technologie alimentaire de Qualisud
  • 00:24:32 : la filtration-compression des déchets de mangue et de pamplemousse
  • 00:29:21 : présentation du Bar des sciences sur les microplastiques

FAQ

Qu’est-ce que l’anhydrobiose chez le tardigrade ?

Selon Myriam Richaud, chercheuse à l’IBMM de Montpellier, l’anhydrobiose est une forme de cryptobiose : le tardigrade perd jusqu’à 95 % de son eau et environ 40 % de son volume, et prend la forme d’un petit tonneau. Il peut rester ainsi des heures ou des années, puis se remettre à bouger quelques minutes après avoir été réhydraté.

Qu’est-ce que le gène Dsup du tardigrade ?

Dsup, pour « suppresseur de dommages », est un gène qu’Aymeric Bailly décrit comme unique aux tardigrades. Il a été repéré parce qu’il s’active après une exposition aux rayons X et qu’il semble agir au niveau de l’ADN. Exprimé dans des cellules humaines en culture, il les a rendues nettement plus résistantes aux rayons X.

Qu’a montré l’équipe de Montpellier en transférant le gène Dsup à un nématode ?

D’après les chercheurs, le nématode C. elegans porteur du gène Dsup donne une descendance environ 30 % plus résistante aux rayons X, survit mieux à des substances oxydantes, vit plus longtemps et consomme moins d’oxygène, sans perte de fertilité ni d’activité. Le mécanisme précis reste à comprendre.

Comment le laboratoire Qualisud valorise-t-il les déchets de fruits ?

Caroline Oda explique que les peaux de pamplemousse ou de mangue sont broyées puis pressées dans un pilote de filtration-compression. On obtient un liquide riche en polyphénols et un « gâteau » solide, eux aussi valorisables. L’idée est d’offrir aux producteurs de jus une méthode simple, peu coûteuse en énergie et sans solvant.

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