
Dans A l'UM la science, l'émission de l'Université de Montpellier, trois économistes, Abderaouf Zaatra, Mélanie Requier et Hélène Rey-Valette, présentent leur étude sur les fermes du Haut-Languedoc face au changement climatique. Un territoire qui a perdu 60 % de ses exploitations en un peu plus de vingt ans, 90 agriculteurs interrogés, des vignerons sur des sols pauvres : les chercheurs mesurent qui pourra s'adapter, et pourquoi les plus petits risquent de décrocher.
Des fermes face à la sécheresse
Dans A l’UM la science, l’émission de l’Université de Montpellier et de la radio Divergence, trois économistes présentent une étude sur la vulnérabilité des exploitations agricoles du Haut-Languedoc face au changement climatique : Abderaouf Zaatra et Mélanie Requier, du CIHEAM, et Hélène Rey-Valette, du Centre d’économie de l’environnement de Montpellier (CEE-M). Le territoire étudié compte 102 communes entre Béziers et Castres, dominé à 70 % par la vigne, avec du maraîchage, des céréales, de l’arboriculture et une large part de forêts. Selon les chiffres cités dans l’émission, il a perdu 60 % de ses exploitations entre 1988 et 2010, tandis que la surface agricole passait de 50 000 à 40 000 hectares : les fermes restantes s’agrandissent. Menée avec la chambre d’agriculture, l’étude croise un indice de vulnérabilité calculé (exposition, sensibilité, capacité d’adaptation, selon l’approche du GIEC de 2007) et la vulnérabilité perçue par 90 agriculteurs, interrogés pendant deux heures chacun, tôt le matin ou le soir pour éviter la chaleur de l’été.
Abderaouf Zaatra, dont c’est un travail de thèse, a réalisé l’essentiel du terrain, en veillant à représenter la plaine et la montagne, et les différentes cultures.
Viticulteurs exposés et trappe de vulnérabilité
Les agriculteurs se disent d’abord exposés à la sécheresse, qui touche toute l’exploitation quand le gel ou l’inondation ne frappent souvent qu’une parcelle. Les exploitations viticoles et céréalières, installées sur des sols pauvres, ressortent comme les plus vulnérables. Mélanie Requier explique que l’expérience, l’appartenance à des coopératives et les revenus tirés d’une autre activité renforcent la capacité d’adaptation. Hélène Rey-Valette décrit un léger « biais d’optimisme » et surtout une « trappe de vulnérabilité » : les petites exploitations, faute de capitaux, deviennent de plus en plus vulnérables jusqu’à ne plus pouvoir s’adapter. Les agriculteurs réclament l’irrigation à court terme, mais pensent moins aux transformations de long terme ; pour les vignerons, liés aux cahiers des charges des appellations et à une identité de métier, l’adaptation passe plutôt par le choix des cépages et des porte-greffes, avec un accompagnement.
Les chercheurs plaident pour des politiques publiques d’adaptation mieux financées. En fin d’émission, Marianne Dupré-Gabirot, cheffe du service culture scientifique de l’université, présente la nouvelle saison du Bar des sciences de Montpellier, consacrée d’abord aux maladies virales.
Pour aller plus loin
- Le CIHEAM
- Le Centre d’économie de l’environnement de Montpellier (CEE-M)
- Le Bar des sciences
- A l’UM la science sur Divergence FM
- Tous les épisodes d’A l’UM la science
Les références de l’épisode
- CIHEAM : organisme de recherche agronomique où travaillent Abderaouf Zaatra et Mélanie Requier.
- CEE-M : Centre d’économie de l’environnement de Montpellier, laboratoire d’Hélène Rey-Valette.
- GIEC : ses définitions de la vulnérabilité de 2007 et de 2014 sont comparées ; l’étude retient celle de 2007.
- Amartya Sen : économiste dont les travaux sur les capabilités fondent l’approche par les capitaux utilisée dans l’étude.
- Chambre d’agriculture : partenaire de l’étude, qui en a validé les résultats.
- Bar des sciences : débats mensuels entre scientifiques et public organisés à Montpellier par le service culture scientifique de l’université.
Au fil de l’épisode
- 00:00:34 : le constat climatique et le déclin des exploitations
- 00:02:14 : présentation des trois chercheurs
- 00:03:36 : le territoire du Haut-Languedoc et ses cultures
- 00:04:31 : moins de fermes, mais plus grandes
- 00:05:52 : la vulnérabilité selon le GIEC, en 2007 et en 2014
- 00:07:47 : pourquoi mesurer aussi la vulnérabilité perçue
- 00:08:38 : 90 agriculteurs interrogés sur le terrain
- 00:11:36 : l’indice de vulnérabilité et ses trois composantes
- 00:12:44 : l’approche par les capitaux
- 00:14:44 : la sécheresse, première menace
- 00:15:44 : sols, cultures et sensibilité
- 00:16:44 : expérience, coopératives et pluriactivité
- 00:18:26 : viticulteurs et céréaliers, les plus vulnérables
- 00:19:29 : biais d’optimisme et trappe de vulnérabilité
- 00:20:36 : irrigation à court terme ou transformation
- 00:21:28 : les limites de l’adaptation pour la vigne
- 00:23:03 : financement et politiques publiques
- 00:24:21 : une étude reproductible sur d’autres territoires
- 00:26:40 : la nouvelle saison du Bar des sciences
FAQ
Quelles fermes du Haut-Languedoc sont les plus vulnérables au changement climatique ?
Selon l’étude présentée par Abderaouf Zaatra, du CIHEAM, les exploitations viticoles et céréalières sont les plus vulnérables. Elles sont souvent installées sur des sols pauvres, schisteux pour la vigne, ce qui favorise la qualité du vin mais accroît la sensibilité à la sécheresse. Les petites exploitations, qui disposent de moins de capitaux, s’adaptent aussi moins facilement.
Qu’est-ce qu’une trappe de vulnérabilité ?
L’économiste Hélène Rey-Valette, du CEE-M, emploie ce terme sur le modèle de la trappe de pauvreté. Il désigne des exploitations déjà très vulnérables, notamment parce qu’elles manquent de capitaux, qui le deviennent de plus en plus jusqu’à perdre toute capacité d’adaptation. D’où l’importance, selon elle, de politiques publiques d’accompagnement et de financement.
Comment a été mesurée la vulnérabilité des exploitations ?
Les chercheurs ont construit un indice combinant exposition, sensibilité et capacité d’adaptation, selon la définition du GIEC de 2007, et l’ont comparé à la vulnérabilité perçue par 90 agriculteurs interrogés par questionnaire. Le travail a été mené avec la chambre d’agriculture, après des entretiens avec des maires, la communauté de communes et des techniciens agricoles.
Qu’est-ce que le Bar des sciences de Montpellier ?
Présenté par Marianne Dupré-Gabirot, cheffe du service culture scientifique de l’Université de Montpellier, le Bar des sciences est un débat participatif mensuel entre scientifiques et public, organisé dans une brasserie ou une médiathèque. La saison présentée dans l’épisode s’ouvre sur les maladies virales, avec une interprétation en langue des signes.
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