
Dans Fragîle, le podcast d'Ingrid Blanchard sur les habitants des îles, Julie, enseignante en arts visuels et praticienne en écorituels qui vient à Porquerolles depuis quinze ans, ne présente pas un plat mais ses pique-niques insulaires. Restes de la veille, baguette tradition, criste marine cueillie en chemin, repas pris après la baignade avec le goût du sel : elle raconte comment l'île l'a rendue nomade et lui a appris à inviter le paysage à table.
Une île qui l’a rendue « très mobile, très mouvante »
Dans la série spéciale de Fragîle consacrée aux meilleures recettes des Porquerollais, Ingrid Blanchard reçoit Julie, enseignante en arts visuels, artiste et praticienne en écorituels, qui vient à Porquerolles depuis bientôt quinze ans. Plutôt qu’un plat, elle présente ses pique-niques insulaires : une manière de cuisiner et de manger dehors, adaptée à l’île et à la marche. Née sur des « terres juralpines », à Genève, où elle vit près de marchés et de producteurs, Julie raconte que son identité culinaire s’est construite en devenant mère, quand elle s’est dit « je vais faire la cuisine trois fois par jour », avec des produits de saison et une recherche de simplicité. Porquerolles, où elle se dit « étrangère et vacancière », a changé ce rapport : « Ici, je n’ai pas du tout envie de m’installer à table. » Avec ses enfants et ses proches, elle a peu à peu développé un art du pique-nique, et l’île l’a aidée à retrouver, de retour en Suisse, ce lien au paysage. Ce qu’elle aime d’abord, ce sont « les préliminaires » : rêver le repas, choisir ce qui tiendra cinq heures dans un sac, renoncer à la glacière trop lourde. Puis vient ce qu’elle appelle l’invitation du paysage : « Quand tu dis à table et tu es en pique-nique, tu invites le paysage avec toi. »
Elle y voit une forme de liberté : on mange sans heure fixe, sans se regarder les yeux dans les yeux, et « l’île a été une merveilleuse enseignante ».
Restes, baguette tradition et plantes du chemin
Concrètement, ses pique-niques sont faits des restes de la veille, souvent meilleurs parce qu’on ose les assaisonner, d’une baguette tradition de Porquerolles ou d’un pain aux céréales et noisettes, d’un fromage de brebis ou de chèvre frais. En chemin, elle ajoute ce qu’elle trouve : de la criste marine, du fenouil sauvage, des graines de maceron, une « recette de chemin » qui prend aussi le parfum des immortelles quand on mange au milieu d’elles. Elle prévient pourtant que la cueillette n’est pas tout à fait permise sur l’île et qu’elle a appris à reconnaître ces plantes en se promenant avec des gens qui savaient et en suivant des formations. Julie évoque aussi les Copains, le système de maraîchage de l’île, qui leur a permis pendant dix ans de manger les légumes d’ici, les poissons simplement préparés avec huile d’olive, gros sel et citron, l’hospitalité des habitants, les confitures offertes, les grenades et les mûres. Le goût qui lui reste le plus est celui du sel, quand le pique-nique suit la baignade. Rien n’est préparé à l’avance : chacun compose son « petit banquet » avec ses doigts, à partir de boîtes en inox et de quelques couverts qui restent dans le sac. Elle se souvient d’une halte à la Vigie, sur la route du Langoustier, où trois petites baleines sont passées, et pense à ceux qui vivaient en autonomie sur l’île il y a deux ou trois cents ans, avec les oliviers, les brebis et le moulin.
Elle termine sur ses flops, des pique-niques renversés au fond du sac, et sur une anecdote : les « pâtes du pape » d’une nouvelle épicerie, devenues du jour au lendemain les pâtes du feu pape.
Pour aller plus loin
- Le témoignage de Julie dans la série Archipels
- Les photos de ses pique-niques sur le site de Fragîle
- Fragîle sur Instagram
- Soutenir le podcast sur Tipeee
Les références de l’épisode
- Archipels : série de Fragîle consacrée aux femmes et à l’insularité, où Julie a déjà témoigné.
- Les Copains : le système de maraîchage de Porquerolles, que Julie a vu naître.
- Criste marine, fenouil sauvage et maceron : plantes du chemin qui relèvent ses pique-niques.
- Immortelles : plantes de l’île dont le parfum, dit-elle, « enivre » le repas.
- La Vigie : halte sur la route du Langoustier, où elle a vu passer trois petites baleines.
Au fil de l’épisode
- 00:00:45 : la série spéciale sur les meilleures recettes des Porquerollais
- 00:01:14 : Julie, enseignante en arts visuels et praticienne en écorituels
- 00:01:45 : une identité culinaire construite en devenant mère
- 00:03:11 : des terres juralpines à Porquerolles
- 00:04:10 : une île qui la rend nomade et l’art du pique-nique
- 00:05:10 : rapporter le lien au paysage chez soi
- 00:06:42 : les préliminaires et la praticité du pique-nique
- 00:07:28 : restes, baguette tradition et petits sandwichs
- 00:08:42 : criste marine, fenouil et maceron, une recette de chemin
- 00:10:05 : les Copains et la souveraineté alimentaire de l’île
- 00:12:39 : poissons, courges et hospitalité porquerollaise
- 00:13:58 : le goût du sel après la baignade
- 00:14:27 : un petit banquet partagé avec les doigts
- 00:15:18 : apprendre à reconnaître les plantes sauvages
- 00:16:21 : les pique-niques apéros face au coucher du soleil
- 00:17:24 : une halte à la Vigie et trois petites baleines
- 00:18:47 : trouver un autre mot que pique-nique
- 00:19:46 : fruits offerts et nourriture brute
- 00:21:10 : l’autonomie alimentaire d’autrefois
- 00:22:16 : les flops et l’anecdote des pâtes du pape
FAQ
Que met Julie dans ses pique-niques à Porquerolles ?
Elle part souvent des restes de la veille, d’une baguette tradition ou d’un pain aux céréales et noisettes, d’un fromage de brebis ou de chèvre frais, de poisson avec de l’huile d’olive, du gros sel et du citron. En chemin, elle ajoute parfois de la criste marine, du fenouil sauvage ou des graines de maceron.
Peut-on cueillir des plantes sauvages à Porquerolles ?
Julie prévient que les cueillettes ne sont pas tout à fait permises sur l’île et qu’il faut être très délicat. Elle dit ne jamais s’être servie outre mesure et avoir appris à reconnaître les quelques plantes qu’elle utilise en se promenant avec des personnes qui savaient et en suivant des formations.
Que sont les Copains à Porquerolles ?
Selon la description de l’épisode, les Copains désignent le système de maraîchage de l’île. Julie raconte l’avoir vu naître et y voit une réponse à la question de la souveraineté alimentaire sur une île : pendant une dizaine d’années, sa famille a pu manger dans ses pique-niques des légumes cultivés sur place.
Qu’est-ce que la série des meilleures recettes des Porquerollais ?
C’est une série spéciale du podcast Fragîle, présenté par Ingrid Blanchard, où des habitants de Porquerolles ouvrent leur cuisine pour partager un plat, un souvenir ou une émotion liés à l’île. Dans cet épisode, Julie y présente non pas un plat mais sa pratique du pique-nique insulaire.
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