
Aurélia Troupel, chercheuse au Centre d'études politiques et sociales de l'Université de Montpellier, retrace dans A l'UM la science le long chemin vers la parité dans les assemblées locales. Décennie paritaire des années 1990, loi du 6 juin 2000, alternance, scrutin binominal, listes paritaires imposées aux plus petites communes en 2026 : elle explique pourquoi les modes de scrutin décident de tout, et pourquoi les mairies restent si masculines.
De la « décennie paritaire » à la loi du 6 juin 2000
Dans A l’UM la science, l’émission de l’Université de Montpellier et de la radio Divergence, Aurélia Troupel, maîtresse de conférences à la faculté de droit et de science politique et chercheuse au Centre d’études politiques et sociales (CEPEL), retrace la marche vers la parité dans les assemblées locales, des années 1990 aux élections municipales de 2026. Point de départ : en 2026, pour la première fois, les communes de moins de 1 000 habitants, soit 70 % des communes françaises, ont dû présenter des listes paritaires, en application de la loi du 21 mai 2025. La chercheuse, auteure d’un chapitre de l’ouvrage Sociologie des élus locaux intitulé « La fragile mécanique paritaire à l’épreuve des rouages politiques », revient sur la « décennie paritaire » : 1989 et le bicentenaire de la Révolution, quand des historiennes exhument le rôle oublié des femmes ; 1992 et le rôle du Conseil de l’Europe ; 1995 et la création de l’Observatoire de la parité promise par Jacques Chirac ; puis la révision constitutionnelle de 1999. Elle décrit la loi du 6 juin 2000 comme une loi « précipitée », pour s’appliquer dès les municipales de 2001, avec le système de la tranche de six candidats, trois hommes et trois femmes dans chaque groupe de six.
Elle explique ce qu’inscrit la Constitution : l’article 3 précise que la loi « favorise », et non garantit, l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats, et l’article 4 que les partis politiques concourent à sa mise en œuvre. Selon elle, cette constitutionnalisation et la popularité de la mesure expliquent qu’elle n’ait pas été remise en cause après 2002.
Départements, communautés de communes, mairies : des rythmes très différents
Aurélia Troupel détaille ensuite les étapes : l’alternance stricte sur les listes en 2007, le remplaçant de sexe opposé aux cantonales, élargi en 2008, le conseiller territorial voulu sous Nicolas Sarkozy, qui aurait réduit à environ 10 % la part de conseillères selon ses calculs, puis supprimé, et le scrutin binominal homme-femme de la loi du 17 mai 2013. Résultat : les conseils départementaux, « bastion masculin » avec 11 ou 12 % de femmes en 2011, passent à 50 % en 2015. « Les modes de scrutin sont vraiment capitaux », résume-t-elle. Restent les intercommunalités, où la parité ne s’applique que par ricochet, et la proposition de féminisation « en miroir » des vice-présidences, portée par Élodie Jacquier-Laforge, qui n’a pas abouti.
En 2026, seulement 24,4 % des listes municipales sont menées par une femme. La chercheuse l’explique par la concurrence pour la fonction de maire, le cursus progressif de conseillère à adjointe puis maire, et la « troisième journée » des femmes, qui assument encore l’essentiel des tâches domestiques.
Pour aller plus loin
- Centre d’études politiques et sociales (CEPEL)
- A l’UM la science sur Divergence
- L’article de l’épisode sur le site de l’Université de Montpellier
- Tous les épisodes d’A l’UM la science
Les références de l’épisode
- Sociologie des élus locaux : ouvrage collectif où Aurélia Troupel signe le chapitre « La fragile mécanique paritaire à l’épreuve des rouages politiques ».
- Loi du 6 juin 2000 : première loi sur la parité pour les scrutins de liste, appliquée dès les municipales de 2001.
- Observatoire de la parité : instance créée après l’élection de Jacques Chirac en 1995, productrice de données de référence.
- Loi du 31 janvier 2007 : instaure l’alternance femme-homme sur les listes et le remplaçant de sexe opposé aux cantonales.
- Loi du 17 mai 2013 : crée le scrutin binominal paritaire pour les élections départementales.
- Loi Engagement et proximité du 27 décembre 2019 : annonce l’extension de la parité à toutes les communes.
- Loi du 21 mai 2025 : impose le scrutin de liste paritaire dans toutes les communes.
- Centre d’études politiques et sociales (CEPEL) : laboratoire de l’Université de Montpellier où travaille Aurélia Troupel.
Au fil de l’épisode
- 00:00:34 : les municipales de 2026 et les premières listes paritaires dans les petites communes
- 00:01:51 : présentation d’Aurélia Troupel, chercheuse au CEPEL
- 00:02:37 : pourquoi parler de « décennie paritaire » pour les années 1990
- 00:06:12 : la loi du 6 juin 2000, une loi précipitée
- 00:07:54 : la tranche de six candidats
- 00:09:18 : ce que la Constitution dit de la parité
- 00:11:38 : la loi de 2007, l’alternance et le remplaçant de sexe opposé
- 00:14:32 : la loi du 26 février 2008
- 00:15:53 : le conseiller territorial et ses effets attendus sur la parité
- 00:19:15 : le scrutin binominal de 2013
- 00:21:23 : la loi Engagement et proximité de 2019
- 00:22:58 : les conseils départementaux, féminisés d’un coup en 2015
- 00:23:41 : les intercommunalités et la féminisation en miroir
- 00:26:07 : pourquoi si peu de femmes têtes de liste en 2026
- 00:28:13 : les présidences de conseils régionaux
FAQ
Qui est Aurélia Troupel ?
Aurélia Troupel est maîtresse de conférences à la faculté de droit et de science politique de l’Université de Montpellier et chercheuse au Centre d’études politiques et sociales (CEPEL). Elle a signé le chapitre « La fragile mécanique paritaire à l’épreuve des rouages politiques » dans l’ouvrage Sociologie des élus locaux.
Qu’a changé la loi du 21 mai 2025 pour les municipales ?
Selon l’épisode, cette loi a supprimé tout seuil de population pour le scrutin de liste aux municipales. Aux élections de mars 2026, les communes de moins de 1 000 habitants, soit 70 % des communes françaises, ont donc dû présenter des listes paritaires pour la première fois. Elles comptaient jusque-là 37,6 % de conseillères.
Pourquoi les conseils départementaux sont-ils devenus paritaires si vite ?
Pour Aurélia Troupel, c’est l’effet mécanique du mode de scrutin. La loi du 17 mai 2013 a créé le scrutin binominal : chaque canton élit un binôme obligatoirement composé d’une femme et d’un homme. Les conseils départementaux sont ainsi passés de 11 ou 12 % de femmes en 2011 à 50 % en 2015.
Pourquoi y a-t-il encore si peu de femmes maires ?
La chercheuse avance trois raisons : la fonction de maire reste très convoitée, on y accède généralement après avoir été conseillère puis adjointe, et les femmes entrent plus tard en politique parce qu’elles assument encore l’essentiel des tâches domestiques. En 2026, seulement 24,4 % des listes municipales sont menées par une femme.
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