Podcast Méditerranée.
A l'UM la science12 février 202634 min

#119 : Cocaïne, quand la consommation déraille

avec Hélène Donnadieu

Hélène Donnadieu, addictologue au CHU de Montpellier, présente l'expertise de l'Inserm sur la cocaïne

Hélène Donnadieu, médecin addictologue au CHU de Montpellier et professeure à la faculté de médecine, a participé à l'expertise collective de l'Inserm sur la cocaïne en France. Dans A l'UM la science, elle explique pourquoi la consommation se banalise, comment le crack sort des milieux précaires, ce que la cocaïne fait au cœur et au cerveau, et pourquoi les soins, la réduction des risques et un vocabulaire non stigmatisant comptent davantage, selon la science, que la répression des usagers.

Une consommation qui se banalise

Dans cet épisode d’A l’UM la science, l’émission de l’Université de Montpellier diffusée sur Divergence FM, Hélène Donnadieu, médecin addictologue au CHU de Montpellier et professeure à la faculté de médecine, présente l’expertise collective de l’Inserm sur les usages de la cocaïne en France, à laquelle elle a participé. Commandé par la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives et le ministère de la Santé, ce travail a passé en revue plus de 2 600 références. L’émission rappelle les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives : 1,1 million de Français ont déjà testé la cocaïne, près de deux fois plus qu’en 2017. Hélène Donnadieu explique que la cocaïne, tirée des feuilles de coca, est un puissant psychostimulant, sniffé, injecté ou fumé sous forme basée, le crack. Selon elle, les études ne voient que « l’iceberg » : toute une population qui travaille consomme de façon invisible. Elle décrit la diffusion du crack au-delà des milieux précaires, la vente à 10 ou 20 euros qui ouvre le marché aux jeunes, la livraison à domicile, et l’invisibilisation des femmes, moins étudiées et moins soignées. Elle distingue l’usage récréatif, majoritaire, de la maladie addictive, née de la rencontre entre des vulnérabilités individuelles (génétique, santé mentale, traumatismes), un environnement et une substance, avec pour la cocaïne une recherche fréquente de performance.

Elle insiste : « il n’existe pas de risque zéro » dès la première prise, et les effets sur le cœur, le cerveau et les reins s’accumulent avec la durée de consommation.

Soigner sans stigmatiser

Hélène Donnadieu détaille les conséquences : vasoconstriction qui prive les organes d’oxygène, troubles neurocognitifs qui altèrent justement la mémoire et la concentration que la cocaïne semble décupler, souffrance de l’entourage et des enfants. Il n’existe aucun traitement de substitution autorisé, mais d’autres aides fonctionnent, comme l’incitation motivationnelle, illustrée par le dispositif TAPAJ, présent à Montpellier, qui propose aux jeunes consommateurs un travail rémunéré à la demi-journée. Elle défend les salles de consommation à moindre risque, y compris des salles d’inhalation pour le crack, et le choix des mots : parler de « personne qui consomme » plutôt que de termes péjoratifs. Elle rappelle que les structures d’addictologie accompagnent chacun là où il en est, de la réduction des risques au sevrage, et invite même les consommateurs récréatifs à s’y informer. Sur la politique pénale, elle souligne que la France a l’une des législations les plus répressives et que, selon la littérature scientifique, ne pas criminaliser les usagers facilite l’accès aux soins, sans renoncer à la lutte contre le trafic.

En fin d’émission, Marianne Dupré Gabireau, responsable de la culture scientifique à l’Université de Montpellier, présente un bar des sciences consacré aux espèces invasives en Méditerranée.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Inserm : auteur de l’expertise collective sur les usages de la cocaïne en France.
  • Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) : source des chiffres d’expérimentation cités.
  • CHU de Montpellier : où exerce Hélène Donnadieu.
  • TAPAJ : dispositif d’incitation par le travail pour jeunes consommateurs, présent à Montpellier.
  • Salles de consommation à moindre risque : haltes addictions évoquées pour la cocaïne basée.
  • Bar des sciences : rendez-vous de culture scientifique de l’Université de Montpellier.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:33 : l’image de la cocaïne au cinéma et la banalisation de sa consommation
  • 00:01:27 : l’expertise collective de l’Inserm
  • 00:02:32 : ce qu’est la cocaïne et ses effets psychostimulants
  • 00:03:39 : qui consomme en France
  • 00:04:35 : la diffusion du crack au-delà des milieux précaires
  • 00:06:06 : jeunes, scolarité et écart entre hommes et femmes
  • 00:08:44 : usage récréatif et facteurs de vulnérabilité à l’addiction
  • 00:12:11 : d’où vient la cocaïne, vente à la dose et livraison
  • 00:15:09 : les conséquences cardiovasculaires et neurocognitives
  • 00:18:32 : les conséquences pour la famille
  • 00:20:02 : l’accès aux soins et le rôle des structures d’addictologie
  • 00:22:26 : pas de substitution, mais l’incitation motivationnelle et TAPAJ
  • 00:24:28 : salles de consommation et vocabulaire
  • 00:26:23 : la politique pénale face aux usagers
  • 00:28:46 : le bar des sciences sur les espèces invasives

FAQ

Qui est Hélène Donnadieu ?

Hélène Donnadieu est médecin addictologue au CHU de Montpellier et professeure à la faculté de médecine. Elle a participé à l’expertise collective de l’Inserm sur les usages de la cocaïne en France, qu’elle présente dans cet épisode d’A l’UM la science en détaillant consommateurs, risques, soins et politique pénale.

Pourquoi le crack se diffuse-t-il en France ?

Selon Hélène Donnadieu, la cocaïne basée gagne des consommateurs occasionnels de cocaïne en poudre, initiés à la base parce qu’elle se banalise. Plus puissante, à l’effet bref, elle est plus addictive. La vente à 10 ou 20 euros et la livraison à domicile élargissent aussi l’accès, notamment pour les jeunes, explique-t-elle.

Existe-t-il un traitement contre l’addiction à la cocaïne ?

Il n’existe aucun traitement de substitution ni médicament autorisé en France pour le sevrage de la cocaïne, explique Hélène Donnadieu, même si les recherches sont nombreuses. L’accompagnement repose sur les structures d’addictologie, la réduction des risques et l’incitation motivationnelle, dont le dispositif TAPAJ est un exemple à Montpellier.

Qu’est-ce que le dispositif TAPAJ ?

D’après l’épisode, TAPAJ propose à de jeunes consommateurs une activité professionnelle ponctuelle, payée à la demi-journée ou à la journée, pendant laquelle ils s’engagent à travailler et donc à moins consommer. Cette pratique, apparentée à la gestion des contingences, fonctionne très bien selon la littérature scientifique, explique Hélène Donnadieu.

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