
Directeur d'exploitation du Domaine de l'Île à Porquerolles depuis 2019, Pierre Etcheberry revient avec Ingrid Blanchard sur ses racines alpines, sa formation d'ingénieur agronome et ses années à Pomerol, chez Jean-Pierre Moueix puis au Château Lafleur. Dans cette première partie, il raconte aussi son arrivée sur l'île comme tractoriste, avant même la vente du domaine, l'accueil des Porquerollais et la constitution d'une équipe sur un territoire où la vigne protège la forêt du feu.
Des Alpes aux vignes de Pomerol
Pierre Etcheberry, directeur d’exploitation du Domaine de l’Île à Porquerolles depuis 2019, raconte à Ingrid Blanchard, dans le podcast Fragîle, le chemin qui l’a mené sur l’île. Né à Sallanches, en Haute-Savoie, dans une famille de cinq enfants, il tient de ses parents une sensibilité à la nature et aux grands espaces ; enfant, il accompagnait le samedi son père dans l’usine automobile qu’il dirigeait et s’était promis de ne jamais travailler « là-dedans ». Tenté par le métier de guide de haute montagne, il découvre l’agronomie lors d’un stage de seconde chez un oncle sélectionneur de semences dans le nord de la France, amateur de vin et de bonne table. Il choisit ensuite l’école d’ingénieurs de Purpan, à Toulouse, pour ses deux ans et demi de stages : une ferme de quarante vaches dans le Tarn, qu’il garde seul une semaine, puis huit mois dans un vignoble au Chili. Ce qui l’attire dans le vin, explique-t-il, c’est d’aller jusqu’au produit fini, qui « transpire » toutes les décisions prises pendant la saison.
« Le vin n’est rien d’autre qu’un produit agricole », rappelle-t-il.
La Dordogne, la Lune et le bon sens
Son stage de fin d’études aux Établissements Jean-Pierre Moueix, à Libourne, porte sur les viroses de la vigne. De son bureau, il voit la Dordogne monter et descendre avec les marées, environ 4,50 mètres de marnage : un déclic qui le conduit à placer le cycle de l’eau au centre de sa manière de cultiver, à l’échelle de la plante, de la parcelle et du bassin versant, au moment où la biodynamie fait débat chez les grands domaines. Il rejoint ensuite le Château Lafleur, à Pomerol, où ses employeurs le font commencer comme ouvrier agricole pour qu’il comprenne le cycle d’une année : une agriculture « de bon sens, mais avec une vraie ambition », qu’il qualifie de super école. Il y reste de 2016 à 2019.
Il y conduit, dit-il, des centaines voire des milliers d’heures de tracteur.
Arriver à Porquerolles comme tractoriste
Une rencontre avec le directeur général des vignobles de la maison Chanel l’amène vers le projet de reprise du Domaine de l’Île, dont il avait vu l’annonce de vente et qu’il connaissait pour avoir navigué autour de l’île pendant ses études. En 2019, à 29 ans, la vente n’est pas conclue ; il arrive comme tractoriste, l’ancien propriétaire ayant dit qu’il lui manquait un conducteur de tracteur. Ses premiers chantiers : remettre l’outil de production en état, repousser la forêt qui gagnait sur les parcelles, lire les sols (plus de schiste et d’argile en hauteur, plus de sable en bas). Il rappelle que l’exploitation est demandée par l’État et le parc national pour protéger l’île du feu, les vignes servant de coupures de combustible. Il évoque l’installation de sa compagne Marguerite, sage-femme passée de l’hôpital au libéral, la solidarité des habitants quand tous deux se sont blessés coup sur coup, la fête d’octobre 2019 pour rencontrer les Porquerollais, l’étiquette Chanel et la transition délicate avec l’équipe en place. Le domaine compte aujourd’hui une vingtaine de personnes en équivalent temps plein, dont huit à la vigne, et 45 à 47 jeunes pour les vendanges.
La suite de l’entretien fait l’objet d’un second épisode.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Domaine de l’Île : le domaine viticole de Porquerolles dont Pierre Etcheberry dirige l’exploitation depuis 2019.
- Établissements Jean-Pierre Moueix : maison de Libourne où il a fait son stage de fin d’études sur les viroses de la vigne.
- Château Lafleur : domaine de Pomerol où il a travaillé de 2016 à 2019, en commençant comme ouvrier agricole.
- Chanel : la maison propriétaire du domaine, pour laquelle il travaille.
- École d’ingénieurs de Purpan : à Toulouse, où il a suivi sa formation d’ingénieur agronome.
- Fondation Carmignac : installée sur l’île avant l’arrivée de Chanel, qui a selon lui « préparé le terrain ».
- Parc national : il a fait le choix de maintenir une agriculture sur l’île.
Au fil de l’épisode
- 00:01:40 : une enfance à Sallanches, au pied du Mont-Blanc
- 00:03:08 : ce que ses parents lui ont transmis, la nature et les grands espaces
- 00:05:16 : le vin dans les repas de famille
- 00:06:51 : l’usine de son père et le choix de l’agronomie
- 00:08:38 : le stage de seconde chez son oncle
- 00:11:10 : l’école de Purpan et la ferme du Tarn
- 00:13:37 : le choix du vin et huit mois au Chili
- 00:16:28 : les Établissements Jean-Pierre Moueix et la Dordogne
- 00:19:26 : le cycle de l’eau et de la Lune, un déclic
- 00:20:26 : le Château Lafleur, recommencer comme ouvrier agricole
- 00:23:33 : la rencontre qui mène au Domaine de l’Île
- 00:27:15 : le départ pour Porquerolles en 2019
- 00:28:50 : arriver comme tractoriste avant la vente
- 00:32:24 : ses premières impressions sur l’île
- 00:34:08 : les premiers défis, lire les sols et protéger l’île du feu
- 00:36:02 : l’installation de Marguerite et la solidarité insulaire
- 00:39:12 : arriver avec l’étiquette Chanel
- 00:41:33 : la fête de lancement d’octobre 2019
- 00:43:29 : la transition avec l’ancien propriétaire et l’équipe
- 00:47:20 : l’équipe d’aujourd’hui et ses métiers
FAQ
Qui est Pierre Etcheberry ?
Pierre Etcheberry est le directeur d’exploitation du Domaine de l’Île, à Porquerolles, depuis 2019. Ingénieur agronome formé à Purpan, à Toulouse, il a travaillé aux Établissements Jean-Pierre Moueix puis au Château Lafleur, à Pomerol, avant de s’installer sur l’île avec sa compagne.
Pourquoi cultive-t-on la vigne à Porquerolles ?
Selon Pierre Etcheberry, l’exploitation du domaine est demandée par le parc national et par l’État pour protéger l’île du feu : les vignes, plantées au milieu de la forêt, créent des coupures de combustible. Ne pas cultiver les parcelles confiées reviendrait à manquer à cette première mission.
Comment Pierre Etcheberry est-il arrivé au Domaine de l’Île ?
En 2019, alors que la vente du domaine à la maison Chanel n’était pas encore conclue, il est arrivé sur l’île comme tractoriste, l’ancien propriétaire ayant besoin d’un conducteur de tracteur. Il raconte avoir pris un tracteur dès le lendemain de son arrivée, sans que personne ne lui dise rien.
Combien de personnes travaillent au Domaine de l’Île ?
D’après Pierre Etcheberry, le domaine compte une vingtaine de personnes en équivalent temps plein, dont 18 en CDI, sans compter les 45 à 47 jeunes recrutés pour les vendanges. La vigne occupe huit personnes, et il vise plutôt 25 salariés à terme, le domaine s’étendant sur trois des quatre plaines de l’île.
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